Les Français gagnés par la défiance
Nous les disions rousseauistes dans notre dossier de février « Rousseau vs. Hobbes » ; une enquête Ipsos intitulée « France 2013 : les nouvelles fractures », réalisée avec le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès, montre les Français en quête d’autorité, de protection et d’un « vrai chef ».
72% des Français interrogés pensent que « le système démocratique fonctionne plutôt mal en France ». 82% que « les hommes et les femmes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels ». 87% reconnaissent le « besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ».
Peur, recherche d’un chef, besoin d’autorité : chacun cherche à tirer son épingle du jeu dans un climat de concurrence généralisée – ce que Hobbes appelait « la guerre de tous contre tous ». Face à cet état de fait, le philosophe anglais imagine des « autorités fortes » qui limitent l’insécurité et la peur afin que les individus quittent l’existence « sauvage, misérable et brève » de l’état de nature pour se placer sous l’autorité forte de l’État.
L’aggravation de la crise, la peur du déclassement, la hausse incessante du chômage, que l’État ne parvient pas à maîtriser, ont instauré un climat de défiance. Ils ont creusé une brèche dans le nouveau contrat social promis par François Hollande, sur les pas de Rousseau. Contrat de confiance vs. société de défiance : les Français seraient-ils aujourd'hui gagnés par la tentation hobbésienne ?