Harcèlement scolaire
"Un Monde" : Hobbes dans la cour de récré ?
Maya Vanderbeque et Günter Duret dans le film “Un monde” de Laura Wandel. © Tandem
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En France, le harcèlement scolaire est un phénomène massif qui toucherait, selon les associations de prévention, près de 10 % des élèves. Une situation dramatique qu’illustre par le biais de la fiction le film Un monde, de Laura Wandel (actuellement en salles). Alors, la cour de récréation est-elle un lieu où règne l’état de nature, où la guerre de tous contre tous fait rage ? Éclairage avec le philosophe Thomas Hobbes.
Bande-annonce du film Un Monde, de Laura Wendel (actuellement en salles).
Le harcèlement scolaire comme toile de fond du film
Dans Un monde, la réalisatrice belge Laura Wandel nous plonge dans l’univers impitoyable de la cour de récréation. Ce film social prend pour cadre un drame majeur : selon les associations de prévention, en France, environ 10 % des élèves sont victimes de harcèlement scolaire. Caméra à l’épaule, quasiment toujours à hauteur d’enfant, Laura Wandel expose la cour de récréation comme le lieu de toute la cruauté qui peut naître dans l’imagination des enfants. Nora, la protagoniste principale, qui souffre de voir son frère Abel être la victime d’un tel harcèlement, s’interroge dans un élan de naïveté et de compassion : « Pourquoi ils font ça ? » Nous vous proposons de passer ce phénomène dramatique au prisme des concepts de Thomas Hobbes : et si la cour de récréation était en fait l’état de nature décrit par le philosophe anglais du XVIIe siècle ?
La guerre de tous contre tous à l'école
Un monde semble suspendu dans l’espace et le temps : il n’y a aucune indication temporelle ni spatiale. Quelques indices font comprendre que l’histoire se situe en région parisienne (on voit un bus de la RATP) et les vêtements trahissent notre époque. Peut-être, en dépouillant l’extérieur de tout artifice, est-ce une manière de montrer la cour de récréation comme un petit monde en soi, fermé : que se passe-t-il lorsque les enfants sont hors de l’influence des adultes ? Censées être de simples pauses, afin de se vider l’esprit et d’apprécier la compagnie de ses camarades, la cour de récréation est l’occasion pour certains de martyriser leurs camarades dans un déchaînement de violence inouïe – brimades, humiliations, noyade dans les toilettes de l’école ou encore étouffement par sac poubelle. Certes, quelques rares éclats de tendresse ponctuent le film, comme lorsque les deux frères se prennent dans les bras à la sortie de l’école. Mais, ce qu’il s’en dégage est avant tout une atmosphère de violence larvée.