Les paroles du médecin ou l’impact des petites probabilités
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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cette petite masse palpable au sein vous tracasse : pourrait-il s’agir d’un cancer ? Le médecin vous ausculte, vous fait passer une radio, examine les résultats et revient vers vous. « On ne peut certes jamais avoir de certitude sur la base d’une simple radio, mais le risque que cette tumeur soit maligne semble faible – certainement moins de 1 % », affirme-t-il. Vous savez que vous pourriez exiger une intervention chirurgicale pour retirer la tumeur, mais rassurée, vous retournez chez vous et oubliez toute cette histoire.
Imaginez maintenant que votre médecin vous présente les choses différemment et qu’après avoir analysé votre radio, il vous annonce : « Le risque que cette tumeur soit maligne semble faible – certainement moins de 1 %. Mais si nous voulions être sûrs à 100 % qu’elle est bénigne, il faudrait la retirer chirurgicalement. Que souhaitez-vous faire : la laisser ou la retirer ? » Peut-être, dans un tel cas, y a-t-il plus de chances que vous vous inquiétiez et réclamiez une opération. De fait, dans une expérience mise en place par les spécialistes d’éthique médicale australiens Charles Douglas et Emily Proudfoot, 2 % des patients à qui l’on avait présenté l’information de la première manière choisissaient une intervention chirurgicale, contre 42 % des membres du second groupe.