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“Les technofascistes visent à l’effondrement des démocraties au moyen d’un coup d’État graduel”

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“Les technofascistes visent à l’effondrement des démocraties au moyen d’un coup d’État graduel”

Donald J. Trump,et Elon Musk, administrateur du Département de l'efficacité gouvernementale (DOGE), dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, États-Unis, le 30 mai 2025. © Francis Chung/Pool/Cnp/CNP/Zuma Press Wire/Réa

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Peter Thiel, J. D. Vance, Curtis Yarvin, Charlie Kirk… Depuis plusieurs mois, on cherche à qualifier cette nébuleuse conservatrice regroupant hommes politiques, influenceurs et patrons de la « tech ». « Broligarchie » ? « Modernisme réactionnaire » ? Dans un essai aussi informé que glaçant, Apocalypse nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir (Divergences), les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet optent pour « technofascisme ». Nous avons interrogé ce dernier.


 

Votre livre Apocalypse nerds s’attaque à un certain nombre de mythes, en premier lieu celui de la Silicon Valley en tant que berceau technologique progressiste. D’où vient ce mythe ?

Olivier Tesquet : Les grandes entreprises de la « tech » sont elles-mêmes issues d’un mythe fondateur, celui d’une technologie qui rime nécessairement avec progrès, connexion de l’humanité et mise en réseau du monde. Un temps, il a été possible de croire à cette promesse d’un progrès politique couplé à un progrès technique : après tout, les réseaux sociaux ont bien accompagné les « printemps arabes » et certains mouvements révolutionnaires. Par ailleurs, certaines analyses ont parfois dressé des ponts un peu rapides entre contre-culture et cyberculture, en faisant comme si les patrons de la « tech » n’étaient que d’anciens hippies qui défilaient pacifiquement contre la guerre du Vietnam. Dernier ingrédient au malentendu : en France plus particulièrement, le libertarianisme souffre d’une interprétation biaisée et inexacte. On le définit comme un courant politique qui se contente de défendre un désengagement maximal de l’État, relativement inoffensif, lointain et indolore. Or le ferment réactionnaire est présent dès le départ. Prenez l’université Stanford, le cœur battant de la Silicon Valley. Elle a été fondée en 1885 par Leland Stanford, un magnat du rail, puis sénateur de Californie, qui était un eugéniste convaincu de l’existence d’une hiérarchie naturelle des intelligences. Il n’était pas le seul à être séduit par de telles théories racistes : William Shockley, co-inventeur du transistor récompensé par le prix Nobel de physique en 1956 et tyran notoire dans son laboratoire, partage une passion identique. Enfin, Robert Noyce, cofondateur d’Intel, prohibait les syndicats dans son entreprise, qu’il concevait sur le modèle d’une micro-société autoritaire.

 

Comment en êtes-vous arrivés à la définition d’un « technofascisme » ?

Avec Nastasia Hadjadji, nous avons cherché à comprendre dans quelle mesure la technique pouvait reconfigurer le terme de fascisme, au sens d’une organisation sociopolitique et sociotechnique du pouvoir. Les nouveaux outils technologiques que nous avons analysés, ainsi que les discours, les entreprises et leur organisation, les montages financiers et les investissements redéfinissent-ils cette catégorie politique qui est la plus commentée et débattue de ces dernières années ? Notre postulat est que oui. 

 

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