Le tour de la question

Y a-t-il (vraiment) un lien entre folie et génie ?

Temps de lecture : 5 min

Y a-t-il (vraiment) un lien entre folie et génie ?

©Editions Grasset

Cet article est réservé aux abonnés.

« Il est génial. Normal, il est complètement fou. » Dans son nouveau livre, Un coup de hache dans la tête (Grasset), le psychiatre Raphaël Gaillard revient sur ce lieu commun, qui traverse notre histoire, de l’Antiquité aux surréalistes, en passant par les romantiques. Mais la folie ne peut-elle pas provoquer, à l’inverse, un effondrement ? 

 

Nous supposons souvent, comme Aristote et Diderot, que les grands artistes naviguent dans les eaux troubles de l’anormalité ou du délire, et que les grands fous sécrètent en eux des ressources créatives. Les troubles mentaux seraient ainsi le pendant, voire le vecteur de la créativité des êtres humains. De Camille Claudel à Antonin Artaud, de Vincent Van Gogh à Yayoi Kusama, les exemples d’un lien entre créativité et troubles mentaux sont légion. Pour autant, et par-delà l’évidence partagée de ce lien apparent, que peut-on en tirer comme enseignement, à la fois sur ce qu’est l’acte de création et sur ce que peut la folie ?  

C’est à l’éclaircissement d’une affinité moins élective qu’électrique que se livre Raphaël Gaillard dans son essai nourri de nombreux cas issus de l’histoire de l’art autant que de celle de la santé mentale. Psychiatre, chef du pôle hospitalo-universitaire de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, il explore une histoire qui, en dépit de tous les écrits documentant ses plis depuis des siècles, n’a jamais produit de loi, comme si rien ne permettait de tirer des leçons définitives sur ce que la folie et la création partagent. Partagent-elles même quelque chose, en dehors de l’expression d’un trouble en soi ?

 

Une longue histoire

Creusant cette hypothèse du lien entre créativité et troubles mentaux tout au long du livre, Raphaël Gaillard rappelle les différents mouvements qui l’ont affirmé. Comme le soulignait l’exposition dirigée par Jean Clair, Mélancolie. Génie et folie en Occident, au Grand Palais en 2005, cette affinité remonte aux Grecs anciens, qui postulent le lien intrinsèque entre créativité et mélancolie. Plus jamais après eux, ce lien ne sera démenti, lié à ce que Gaillard nomme un « rapport structurant de l’homme à sa finitude, irrigué par la douloureuse insistance de la perte et de l’exil, malmené par le désenchantement du monde ». 

Cet article est réservé aux abonnés