Théâtre

À coups d’Artaud

Temps de lecture : 2 min

© Martin Argyroglo

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Cet article est issu du numéro 142 de Philosophie magazine « Comment avoir confiance ? », en kiosque le 27 août 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec Le Théâtre et son double, présenté jusqu'en octobre au Théâtre Nanterre-Amandiers, Gwenaël Morin redonne toute sa verve subversive à Antonin Artaud… et à la scène. Une expérience qui mêle audace, humour et réflexion sur la dimension performative de la parole.

 

« Dans la période angoissante et catastrophique où nous vivons, nous ressentons le besoin urgent d’un théâtre que les événements ne dépassent pas, dont la résonance en nous soit profonde, domine l’instabilité des temps. » Antonin Artaud rédige cette note programmatique dans Le Théâtre et son double, un recueil d’essais paru en 1938. Ce texte est interprété au Théâtre Nanterre-Amandiers avec une actualité d’autant plus forte que le spectacle a été créé en mars, tout juste avant le confinement, avant que les théâtres ne ferment. Il est repris aujourd’hui, tandis qu’ils rou­vrent. Dans cette adaptation périlleuse mais réussie, le metteur en scène Gwenaël Morin s’attache à raviver une certaine idée du théâtre qui ne soit pas seulement une distraction. Un théâtre qu’Artaud nomme, dans une formule devenue populaire, « de la cru­auté », qui, « bousculant toutes nos représentations, nous insuffle le magnétisme ardent des images et agit finalement sur nous à l’instar d’une thérapeutique de l’âme dont le passage ne se laissera plus oublier ». Tout se passe sur le plateau, au plus près des comédiens, sous une chapelle de plastique blanc, à l’intérieur d’un ventre mou conçu par le scénographe Philippe Quesne. Les spectateurs sont assis sous cet échafaudage précaire, au sol, sans place attitrée. Le spectacle commence lorsqu’une reproduction gigantesque du livre d’Artaud est érigée face au public, tel le monolithe noir de 2001. L’odyssée de l’espace. Posé là comme une pierre de touche, il suscite un attrait curieux, rappelant le spectateur à cette question : comment réaliser un théâtre « qui nous réveille nerfs et cœur » ? La troupe s’y essaie avec humour, pariant à travers une série de saynètes potaches explorant la dimension performative de la parole – où dire, c’est véritablement faire. Après une heure de tentative, il n’est pas sûr que le spectacle aboutisse à la forme conventionnelle d’une représentation, mais il reste cette question excitante et non résolue, qui hante la littérature, la politique et la philosophie : comment avoir un discours neuf avec des mots anciens ?

 

Le Théâtre et son double / D’après Antonin Artaud / Conception et mise en scène de Gwenaël Morin / Dramaturgie de Camille Louis / Scénographie de Philippe Quesne / Théâtre Nanterre-Amandiers (7, avenue Pablo-Picasso) / Du 22 septembre au 3 octobre / Durée : 1h10