Les usages du monde

Temps de lecture : 4 min

Les usages du monde

Globe Coronelli Map of New Holland (cc) BY-SA 3.0

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi voyage-t-on ? Qu’il s’agisse d’aller contempler la nature, de se cultiver, de découvrir d’autres civilisations ou encore de fuir son chez-soi, on poursuit toujours un but idéal. Que l’on soit philosophe ou non.

Les grandes vacances incitent à prendre de la hauteur. Loin des contraintes et des soucis, la pensée se libère. Et c’est là que les problèmes commencent. Méditer, d’accord, mais sur quoi ? Les grandes questions intimident. L’esprit patine et souvent abandonne. Mieux vaut alors se poser les questions les plus simples : que fais-je ici, loin de chez moi, sur une plage ou dans un pays inconnu ? Pourquoi suis-je parti en voyage ? Pourquoi ici, et pas ailleurs ? S’interroger sur ses vacances, c’est déjà philosopher et cela peut mener très loin. Tout prend un sens quand on y réfléchit : les raisons d’un départ, la destination, le style de voyage choisi, ce qu’on en retient ou en rapporte.

Pour le comprendre, il faut d’abord oublier l’image d’Épinal du penseur en chambre. Puisque philosopher, c’est s’étonner, porter un regard neuf sur le monde, le voyage en représente la condition, la conséquence naturelle ou encore la métaphore. Volontaire ou forcé, calme ou aventureux, enivrant ou décevant, le voyage est lié à la philosophie. Platon navigue sur la Méditerranée, Descartes parcourt l’Europe à cheval, Nietzsche profite de l’essor des chemins de fer et Bergson emprunte le paquebot pour traverser l’Atlantique. Les penseurs antiques, conseillers des puissants, fondateurs d’écoles ou ennemis publics, circulaient énormément. Plus tard, avant que l’imprimerie apparaisse, il fallait aller chercher le savoir là où il se trouvait, dans des centres souvent éloignés les uns des autres. Puis la tradition humaniste a promu la connaissance des autres cultures et des monuments du passé. À partir du xviiie siècle, on a redécouvert les beautés de la nature. Nos manières de voyager héritent de ces grands moments philosophiques.

Cet article est réservé aux abonnés