Dossier / “L’IA et moi”

L’IA, comment l’apprivoiser ?

Temps de lecture : 9 min

L’IA, comment l’apprivoiser ?

© Kohji Asakawa/Pixabay

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Selon les usages que nous aurons de l’intelligence artificielle, les pièges à éviter ne seront pas les mêmes. Freud, Hegel et Socrate nous aident à concevoir de nouvelles manières d’interagir avec elle.

L’autre jour, alors que ma fille pianotait sur son téléphone dans la salle d’attente du médecin, j’ai penché la tête tout en lui demandant à qui elle écrivait. Elle m’a tendu son téléphone et m’a montré l’écran ouvert sur une page de ChatGPT. Une requête y apparaissait, comme si elle avait écrit un SMS à une copine. « Fais un exposé sur les logiciels itinérants à partir du plan : fonctionnement, évolution au cours du temps, exemples d’utilisation, avantages et limites, perspectives d’avenir. » Suivie de la réponse de l’intelligence artificielle (IA) : « Voici un exposé complet à partir du plan que tu m’as donné. » À ma question naïve : « Tu vas recopier la réponse de “Chat” à ton prof de SNT [sciences numériques et technologiques] ? », ma fille a répliqué : « Bien sûr que non ! C’est un premier draft que je vais reprendre et envoyer à la copine avec laquelle je fais cet exposé pour qu’on avance. Et on fera plusieurs allers-retours avec “Chat”. C’est la base ! » Moi qui résistais jusque-là, comme j’avais résisté par le passé au smartphone et comme je résiste encore à l’agenda électronique, je me suis alors dit : « Il est vraiment temps que tu t’y mettes, ne serait-ce que pour savoir si l’IA peut te rendre de réels services et lesquels. »

 

Une bascule qui a déjà commencé

Entrée dans les esprits dans les années 1960, dans la technologie dans les années 1980 et dans l’économie dans les années 2000, l’IA est en train d’entrer définitivement dans nos vies. Qu’on soit prof ou élève, parent ou touriste, plombier, journaliste ou randonneur, pour écrire une lettre de candidature, calculer un budget, imaginer une destination de vacances ou se renseigner sur un trouble physique ou psychique, de plus en plus souvent, nous allons nous adresser, qu’on le sache ou non d’ailleurs, à des outils générés par l’IA. Or ces outils aux noms évocateurs (Gemini, Claude, Grok, Perplexity…) génèrent des textes, des images, des sons ou des vidéos en se nourrissant de milliers d’archives de tous formats (et de plus en plus accessibles à l’heure du numérique) qu’elles « recrachent » dans leurs réponses à nos demandes sur une base probabiliste. Par exemple, à la question sur le meilleur ratio destination/budget pour mes vacances, des millions de données sont traitées dans la seconde en parcourant les informations livrées par d’autres voyageurs mais aussi des études scientifiques, des récits littéraires, des annonces commerciales et publicitaires, etc. L’IA délivre alors une réponse « optimale », conforme à ce qu’aurait répondu un esprit qui aurait fait l’effort titanesque de synthétiser toutes ces informations.

D’ailleurs, d’ici quelques années, les contenus produits par l’IA, et dont se nourriront ensuite les futures IA pour répondre à nos requêtes, ne manqueront pas d’être plus nombreux que les contenus exclusivement « humains », avec le risque d’une décroissance de leur pertinence. De plus en plus, sans que nous le sachions nous-mêmes, les chatbots entreront aussi en conversations directement entre eux. Et un jour peut-être, la culture dans sa totalité aura été absorbée par nos machines qui devront, pour se renouveler, s’autogérer. D’ici là, on peut déjà commencer à redouter la multiplication de ce que les spécialistes appellent les « hallucinations » ou les « confabulations » – ces réponses fausses que l’IA génère quand elle manque de données et qu’elle nous présente comme étayées alors qu’elles reposent sur du sable.

Cet article est réservé aux abonnés