L’inventeur du Web dans les pas de John Locke
Tim Berners-Lee en 1994 © CERN
C’était le 12 mars 1989. Tim Berners-Lee, un chercheur rattaché à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern), inventait le web. Internet existait déjà, mais chaque institution avait son propre réseau et ses propres formats de données. L’informaticien britannique conçoit, lui, la possibilité de lier les documents en ligne et de naviguer entre eux. Il crée la « Toile », accessible à tous.
À l’occasion de cet anniversaire, il a rédigé une lettre publique . « Le web, écrit-il, est devenu un jardin public, une bibliothèque, un cabinet médical, une boutique, une école, un studio de design, un bureau, un cinéma, une banque, et bien plus encore. Bien sûr, avec chaque nouvelle fonction, chaque nouveau site web, la fracture entre ceux qui sont en ligne et ceux qui ne le sont pas augmente, rendant d’autant plus essentiel de permettre à tous l’accès au web ». Et le chercheur d’appeler à un « contrat pour le web ». Il paverait notre « notre chemin de l’adolescence numérique vers un futur plus mature, responsable et inclusif ».
Pour donner plus de pouvoir à ses utilisateurs, l’informaticien a lui-même imaginé un « coffre-fort numérique » baptisé Solid, proposant de conserver nos données indépendamment des plateformes. En assurant la portabilité de ces informations, Tim Berners-Lee ravive le principe de décentralisation qui inspirait le Web des débuts. Il renoue aussi avec une conception anglo-saxonne de la propriété, dont John Locke est le représentant. Selon le philosophe, elle recouvre non seulement l’ensemble de nos biens matériels, mais également notre identité, qui se prolonge dans nos productions.
Pour lui, l’homme devient une « personne » dans la mesure où il est capable de se concevoir, par la réflexion, « comme une même chose pensante en différents temps et lieux », ce qui implique de pouvoir s’approprier son corps et ses idées. En appelant à mettre en sécurité nos données personnelles, Tim Berners-Lee s’inscrit ainsi dans les pas d’un des premiers penseurs du libéralisme politique. Une liberté retrouvée ?