L’œuvre
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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il a consacré la seconde moitié de sa vie à ses «Essais».
Travaillant dans une pièce de son château remplie de livres (sa « librairie »), Montaigne commence les premiers chapitres des Essais vers 1572-1573. Écrivant en français, alors qu’à l’époque la langue des érudits est le latin, il fait paraître une première édition en 1580, succès à la clé. Ensuite, Montaigne ne cesse de reprendre son projet ; il corrige les essais existants et en ajoute de nouveaux, passant de deux à trois livres. Des éditions actualisées paraissent régulièrement. À la mort du philosophe, on trouvera un exemplaire annoté de la cinquième édition, avec environ mille additions ! Les Essais sont donc toujours restés en chantier… Dans l’avis au lecteur, Montaigne présente son projet : « Je veux qu’on m’y voie en ma façon simple, naturelle, sans contention et artifice : car c’est moi que je peins. » L’autoportrait acquiert néanmoins une dimension universelle, car son auteur entend se faire le miroir de « l’humaine condition ». Se disant « philosophe imprémédité et fortuit », il part de ses propres sensations et opinions, saisies sur le vif. Pour les mettre en perspective, les auteurs de l’Antiquité sont constamment cités. Mais Montaigne est attaché à la singularité de l’expérience subjective. Il rejette toute forme de doctrine établie, toute idée trop générale de l’homme ; les vérités présumées sont passées au crible du doute (le scepticisme de Montaigne se résume dans son célèbre « Que sais-je ? » ; rien de sûr : « Il n’y a que les fols certains et résolus. »). La sagesse dont Les Essais font l’éloge n’est pas théorique, mais pratique : elle enjoint à dépasser nos peurs (« Philosopher, c’est apprendre à mourir », une formule reprise de Cicéron) et surtout à « vivre à propos ». Montaigne peut ainsi célébrer les plaisirs simples et cultiver l’instant présent : « C’est une absolue perfection, de savoir jouir loyalement de son être. »