Hors-série n°42. Blaise Pascal, l’Homme face à l’infini
Montaigne et Pascal. Le moi et le doute, ou la foi
Cet article est réservé aux abonnés.
“C’est moi que je peins”, écrit Montaigne. Que peut bien inspirer ce projet à celui qui écrit que “le moi est haïssable” ? S’il combat l’auteur des “Essais” pour la vanité de son entreprise et s’évertue à réfuter son scepticisme, Pascal poursuit constamment avec lui un échange souterrain. Montaigne, qu’il connaît trop bien, est son meilleur adversaire. L’analyse d'Isabelle Moreau.
Article offert, issu du hors-série Blaise Pascal. L’homme face à l’infini, en kisoques jusqu’au 27 septembre
Près d’un demi-siècle après la première édition des Essais, Pascal lit et relit Montaigne. Il condamne son attitude à l’égard de la mort et critique son culte du moi mais au fond, il admire l’homme, sa sagacité et, par-dessus tout, son écriture. À Port-Royal, on est nettement plus sévère à l’égard du philosophe bordelais. L’engouement que suscitent les Essais dans les salons mondains agace les milieux dévots. Montaigne a du succès auprès d’un public d’« honnêtes gens » et d’érudits qui ont un goût, comme La Bruyère, pour les « replis du cœur et tout l’intérieur de l’homme ». L’époque est aussi à l’analyse des sentiments amoureux qui s’expose dans les romans et les poèmes. Madeleine de Scudéry cartographie ainsài l’intériorité galante dans la « carte de Tendre » figurant dans son roman Clélie, histoire romaine. Dans ce contexte, Montaigne est vu comme un agréable compagnon de chevet ; « Madame de Lafayette disait qu’il y avait plaisir d’avoir un voisin comme lui », rapporte Sainte-Beuve. Les Essais sont devenus un manuel de civilité et sont tenus, à la suite du cardinal du Perron, pour « le bréviaire des honnêtes gens ».