Hors-série "S'initier à la philosophie"

Manon Garcia : une initiation accidentée

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Cet article est issu du Hors-série n°N°59 de Philosophie magazine « S’initier à la philosophie », en kiosque le 16 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À la différence de beaucoup de mes collègues, la philosophie n’a pas été une révélation pour moi. Je suis arrivée en terminale avec l’envie de découvrir la discipline mais j’ai eu une prof catastrophique, qui cochait toutes les cases des pires clichés sur les profs de philo – élitiste, méchante, alcoolique. Je n’ai rien appris cette année-là et ça m’a paradoxalement décidée à aller en hypokhâgne parce que j’espérais y découvrir enfin la philo. Mais l’année suivante, je n’ai pas eu de chance non plus, je me sentais toujours bête devant l’obscurité des textes – je croyais que les autres comprenaient Kant du premier coup ! – et mon prof n’était pas un passeur. Heureusement, ensuite, j’ai eu l’immense chance d’avoir un grand prof et j’ai commencé à y voir plus clair, à être émerveillée par le questionnement philosophique, par les tentatives de réponses qu’apportaient les philosophes. Progressivement, certains auteurs me sont apparus comme des pairs, non pas parce que je me pensais leur égale mais parce que je voyais qu’ils s’intéressaient à des questions que se posent tous les humains. Cela dit, il a fallu que j’attende d’aller à la fac pour vraiment découvrir la philosophie telle que je l’aime et telle que j’essaie de la pratiquer, c’est-à-dire une philosophie peut-être moins absolument orientée par l’exercice de la dissertation, une philosophie contemporaine dans ses questionnements et dans ses méthodes. En somme, cela m’a pris beaucoup de temps de trouver mes marques et d’aimer la philosophie mais je crois que le fait que mon initiation philosophique ait été si accidentée joue un rôle très important dans ma façon de concevoir et de pratiquer la philosophie aujourd’hui : je garde toujours à l’esprit ce que j’ai pu trouver d’humiliant dans les textes et leur enseignement, je ne suis jamais tout à fait sûre de ce qu’est la philosophie ni de ce que serait la bonne manière de la pratiquer et, en même temps, je sais ce que je dois aux grands profs que j’ai eus et je m’efforce de ne jamais perdre de vue qu’un ou une bonne philosophe est d’abord un ou une bonne professeure.

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