Entretien
Marie NDiaye, “Puissantes malgré tout”
Marie NDiaye en 2016. © Hannah Assouline/Opale/Leemage
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Certains titres d’œuvres connaissent une fortune singulière. Ainsi du roman de Marie NDiaye paru en 2009 : Trois Femmes puissantes (Gallimard). Son auteur explique que ces femmes incarnent chacune à leur manière une sorte de puissance particulière, liée à la connaissance de la souffrance endurée qui peut se muer en force et en ambition.
Il y a un peu plus de dix ans, vous avez écrit Trois Femmes puissantes, prix Goncourt 2009. Pourquoi ce qualificatif de « puissantes » ?
Marie NDiaye : J’ai écrit le roman sans penser à ce terme – je crois d’ailleurs qu’il n’apparaît nulle part dans le texte. Je n’avais pas l’intention (je n’ai du reste jamais d’intention lorsque j’écris) de décrire un certain genre de femmes puissantes à mes yeux. Il s’agissait de faire vivre des personnages ne représentant qu’eux-mêmes et non de créer des figures – même si Khady Demba est peut-être, elle, un symbole plus qu’un authentique personnage. L’écriture achevée, j’ai passé plusieurs semaines à chercher un titre. J’ai fini par opter pour un titre qui commence par « trois femmes » ; il me manquait alors l’épithète. J’aurais pu en choisir une allant dans une direction très différente de « puissantes », comme « affligées », ou « éperdues »... Mais je n’ai jamais aimé les titres tristes, ni ceux qui imposent une façon de ressentir l’histoire ou de juger les personnages. Je suis consciente que « puissantes » fait cela malgré tout : on ouvre le livre en ayant une idée de la manière dont l’auteur considère ces femmes qu’on ne connaît pas encore, cela induit à penser d’emblée quelque chose de positif sur ces personnages. C’est pourquoi ce titre me gêne un peu encore aujourd’hui : on sent trop la pensée de l’auteur et, précisément, alors que je ne souhaite pas avoir d’intention, son projet, son arrière-pensée, presque sa volonté manipulatrice... Mais, voilà, je me suis arrêtée sur « puissantes » pour l’harmonie de ces trois mots ensemble et sans doute aussi par goût du paradoxe, puisque la puissance de ces femmes ne peut apparaître d’emblée. J’ai constaté avec intérêt que, dans les éditions étrangères du livre dont je peux comprendre le titre, on trouve systématiquement le mot « fort », comme si ce terme « puissantes » n’était pas traduisible dans le sens que je lui ai donné...