Matière à penser / mai 2015

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Cet article est issu du numéro 89 de Philosophie magazine « Peut-on être heureux sans travailler ? », en kiosque le 23 avril 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La personnalité

Elizabeth Warren. Candidate socratique à la Présidentielle américaine

« Cours Warren, cours ! » titrait le magazine The Atlantic en janvier dernier. À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle américaine, ses partisans appellent Elizabeth Warren à défier l’unique candidate du camp démocrate, Hillary Clinton, lors des prochaines primaires. 65 ans, née dans une famille modeste de l’Oklahoma, juriste douée pour le débat, première femme élue sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren a fait de la lutte contre les inégalités et contre Wall Street son cheval de bataille : « Le Congrès a travaillé trop longtemps pour les milliardaires, il est temps de donner à la classe moyenne la chance de construire une réelle sécurité économique. » À Harvard, où elle enseigne le droit fiscal et la question des banqueroutes, elle s’est fait connaître en relançant la méthode socratique qui a longtemps été la marque de cette institution. Passant entre les rangs et interrogeant ses étudiants au hasard, elle aime qu’ils découvrent la vérité par eux-mêmes : « Lorsque je leur soumets un argument très difficile, je vois le visage sombre de mes étudiants qui se battent avec la difficulté, puis, tout d’un coup, cela se débloque. Et j’entends presque le son de la découverte chez l’un, chez l’autre. Ping ! Ping-Ping ! Ping-Ping-Ping ! » Son dernier combat est l’endettement des étudiants dont elle fait une affaire personnelle… « Mon père a fini comme concierge. Ma mère ne gagnait que le salaire minimum. Si j’ai pu aller à l’Université, c’est uniquement parce que j’étais dans une faculté de banlieue à 50 dollars le semestre. Qui m’a ouvert plein d’opportunités puisque je suis devenue sénatrice des États-Unis. Je veux les mêmes opportunités pour les jeunes d’aujourd’hui. » Moins expérimentée que Hillary Clinton mais dotée de plus de convictions, celle qui se réclame de Socrate va-t-elle prendre le risque de se lancer dans une campagne présidentielle ? Obama dit à propos de la candidature de celle qui a été retenue comme l’une des cent personnalités publiques les plus influentes par le magazine Time que ce n’est pas une question de « si » mais de « quand ». Jusqu’ici, elle a refusé. Déjà accusée par les républicains de corrompre la jeunesse avec des idées gauchistes, et par le milieu financier de mettre en péril Wall Street, c’est elle-même qu’elle doit convaincre, avant les électeurs. Ping-Ping-Ping ?

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