Édito

Menace sur les pauses café

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Menace sur les pauses café

© Dupuy & Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 57 de Philosophie magazine « 57 - mars 2012 », en kiosque le 23 février 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il y a une vingtaine d’années, sur les bancs de la fac, ma voisine m’avait confié que, pour gagner du temps le matin, elle avait un « truc » imparable : elle se brossait les dents sous la douche. Sur le moment, je n’ai pas osé lui faire remarquer que c’était absurde, puisqu’on ne se nettoie pas les dents plus vite sous un jet d’eau chaude ; mais peut-être aimait-elle avoir les pieds parfumés à la menthe. Je ne sais pourquoi, cette petite confidence m’est restée.

L’habitude de faire deux choses en même temps est de plus en plus répandue, c’est même un phénomène auquel les Anglo-Saxons ont donné un nom : le « multitasking ». Chez l’adolescent, il me semble que la motivation du multitasking est moins l’efficacité que l’hédonisme. On cherche à augmenter les plaisirs en les additionnant, et c’est ainsi qu’on prend l’habitude d’écouter de la musique en faisant du roller ou, plus tard, de lire un roman en buvant un bon vin. Une stratégie de dédoublement de l’action plus subtile, et plus perverse, consiste à chercher à compenser un déplaisir par une dose de plaisir : autrefois, je faisais mes exercices de maths en écoutant un disque et aujourd’hui, quand j’arrive au travail, je m’assieds toujours à mon bureau avec une tasse de café, espérant par là tromper mon organisme et associer le début de l’effort à une stimulation positive, par un conditionnement quasi pavlovien.

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