Michael Walzer : « Une action en Syrie est illégale mais nécessaire »

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Michael Walzer : « Une action en Syrie est illégale mais nécessaire »

Homs, en Syrie. Photo prise le 23 février 2012 (cc) Freedom House / Flickr

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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe Michael Walzer est le théoricien de la « guerre juste ». Longtemps sceptique quant à une éventuelle intervention militaire en Syrie, il a changé d’avis après l’utilisation d’armes chimiques contre des civils. Il nous a livré ses explications début septembre, alors que le Congrès américain doit être consulté.

 

Les gouvernements américain et français accusent le régime de Bachar el-Assad d’avoir eu recours à l’arme chimique dans la guerre civile syrienne et envisagent une intervention. Y êtes-vous favorable ?

Michael Walzer : À ce stade, et même si je nourris de nombreuses angoisses face aux conséquences de mon choix, je suis favorable à une forme d’action militaire, plutôt multilatérale. Elle doit se limiter à des attaques contre les installations qui jouent un rôle central dans le déploiement d’armes de destruction massive par les autorités syriennes. Le projet d’Obama est celui d’une attaque limitée, ce que j’approuve. Le président américain avait déjà expliqué quelle était la ligne rouge à ne pas franchir, et, à ce stade, il lui serait difficile de ne pas agir. Il est à espérer que cette intervention militaire soit soutenue en dehors des États-Unis. Je ne pense pas qu’une autorisation des Nations unies soit nécessaire pour une telle attaque, car, dans des cas comme celui-ci, l’ONU se retrouve bloquée à cause du droit de veto dont peuvent faire usage certains membres du Conseil de sécurité. Je reste par contre très sceptique quant au projet beaucoup plus large de renverser le régime syrien. Puisqu’il y a déjà dans cette guerre civile une intervention extérieure menée par l’Iran, la Russie et le Hezbollah, il est peut-être envisageable qu’en plus de l’intervention esquissée plus haut, une autre intervention puisse avoir lieu, incluant notamment la Turquie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite afin de répondre à l’aide extérieure dont a bénéficié le régime syrien de la part de ses alliés. Au regard de la théorie de la guerre juste, une telle initiative rétablirait de l’équilibre, mais à condition qu’elle reste proportionnée aux interventions de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah. Cependant, je suis opposé aux thèses néoconservatrices qui se font entendre ici, affirmant qu’il serait possible de renverser le régime en choisissant les « bons » opposants puis en les soutenant. Il est très difficile à l’heure actuelle d’envisager la victoire de l’un ou de l’autre camp. Une victoire du régime d’Assad serait la porte ouverte à une répression encore plus brutale que celle à laquelle nous assistons, tandis qu’une victoire des rebelles conduirait probablement à des massacres d’alaouites et de chrétiens. Les objectifs de l’intervention à mener doivent aussi inclure une action en faveur d’un règlement négocié. Au Moyen-Orient, les luttes politiques tendent à être extrêmes, chacun voulant détruire entièrement son ennemi. Si une intervention militaire proportionnée devait conduire à une impasse, s’il apparaissait que ni le régime en place, ni les rebelles ne peuvent l’emporter, des négociations pourraient voir le jour. Nous devons faire pression sur les Russes pour qu’ils se joignent à cet effort visant à promouvoir un processus où les différentes parties se mettraient autour de la table.

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