Série : la mer dans tous ses états
Dans la mer Baltique, le péril des armes chimiques enfouies
En mer du Nord et baltique, les Alliés ont volontairement coulé des navires transportant près de trois milliards de tonnes d’armes chimiques et conventionnelles, produites lors des Première et Seconde Guerres mondiales. Photogramme extrait du documentaire “Menaces en mer du Nord” réalisé par Jacques Lœuille. © Real Productions
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La chose est peu connue, mais la mer Baltique abrite, entre l’Allemagne et le Danemark, un stock immense d’armes chimiques enfouies après la Seconde Guerre mondiale. L’océanographe polonais Jacek Bełdowski nous éclaire sur la situation et ce qu’elle dit de notre rapport aux espaces marins.
Pourquoi des stocks de munitions chimiques ont-ils été coulés en mer Baltique ?
Jacek Bełdowski : Cela s’est fait en deux temps. Dans une première phase, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, voyant la progression des forces alliées et russes, les responsables militaires de l’Allemagne nazie ont décidé de couler leurs stocks d’armes chimiques les plus avancées, afin d’éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi. Il s’agissait d’environ mille tonnes d’un gaz neurotoxique, le tabun, assez proche du gaz sarin, mieux connu. Ces opérations ont été menées de nuit, pour éviter les bombardements, de façon secrète, et les positions exactes de déversement ne sont pas bien connues, la navigation ne s’est pas faite de manière précise. Ces produits chimiques sont toujours là, vers la frontière entre l’Allemagne et le Danemark, en eaux peu profondes. Mais la phase principale concerne l’après-guerre. Dans l’accord signé à l’issue de la conférence de Potsdam, à l’été 1945, il a été convenu que l’Allemagne serait démilitarisée. Concrètement, cela signifiait que les armements allemands seraient redistribués entre les vainqueurs pour enrichir leur propre arsenal, ou bien être détruits. Mais les armes chimiques posaient un problème : étant interdites par les conventions de Genève, elles ne pouvaient pas être accaparées par les Alliés ni par les Russes – la destruction s’imposait. Or, à cette époque, on ne connaissait guère que deux moyens de se débarrasser d’un stock d’armes chimiques : soit en le brûlant, mais avec des retombées toxiques importantes pour les environs ; soit en le coulant en haute mer. L’hypothèse de sceller ces barils et ces munitions dans d’anciennes mines ne pouvait pas être retenue, car les produits chimiques sont corrosifs, et le risque de fuite aurait été une menace permanente. C’est donc l’immersion qui a été retenue.