Entretien

Miguel Benasayag : “La résistance doit être créatrice”

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Miguel Benasayag : “La résistance doit être créatrice”

Miguel Benasayag. © Isabella De Maddalena/Opale.photo

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Ancien résistant guévariste, philosophe et psychanalyste franco-argentin, Miguel Benasayag expose son diagnostic de la situation politique française et propose des pistes de résistance concrètes aux forces d’extrême droites qui agitent nos sociétés. Un vademecum de luttes horizontales exposées dans son dernier livre, co-écrit avec Bastien Cany : Contre-offensive. Agir et résister dans la complexité (2024). 


 

Comment analysez-vous ce qui est en train de se passer en France en ce moment : la dissolution de l’Assemblée nationale, la campagne expresse menée par les différents partis, l’extrême droite aux portes du pouvoir ?

Miguel Benasayag : En ce moment en France, chaque candidat se présente comme la personne qui sera capable de « faire fonctionner les choses ». La question omniprésente dans les débats politiques actuels n’est pas « pourquoi ? » mais « comment ? ». C’est ce que j’appelle le modèle fonctionnaliste. Et pour faire marcher ce modèle, il faut un ennemi, quelque chose à combattre. Par exemple : « On va expulser les étrangers ». Le choix de cet ennemi vise à créer un ersatz de commun. Emmanuel Macron lui-même, l’ultra-centriste, a besoin de dire « on est en guerre ». Lorsqu’on est pris dans ce modèle, on ne cherche plus à s’occuper du commun mais à tout faire pour « faire fonctionner » le monde libéral. Dans un nouveau nihilisme, le fonctionnement devient sa propre fin. On s’étonne, à ce titre, de voir que les écoles et les hôpitaux ferment sans comprendre ce changement de paradigme où l’humain n’est plus au centre ni l’objectif du dispositif. C’est pourquoi face à ces logiques fonctionnalistes et comptables, le déploiement du vivant et de la culture deviennent résistance.

“Face aux logiques fonctionnalistes et comptables, le déploiement du vivant et de la culture deviennent résistance”

 

Ce paradigme fonctionnaliste nous touche en tant que société. A-t-il aussi une influence sur les individus ?

Oui, ce paradigme, qui part de la macroéconomie, envahit aussi nos vies privées. Nous sommes presque tous capturés par cette sorte d’évaluation de nous-mêmes en termes de compétences et de performances quantitatives. En tant que psychiatre, je remarque par exemple que les gens qui cherchent à recréer des liens dans leur couple vont d’abord se demander : comment faire en sorte que mon couple fonctionne ? Cette appréhension de soi en termes fonctionnels nous rend tristes et vides. Il appauvrit considérablement notre existence. 

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