Miguel Benasayag: “S'engager c'est être happé par la vie”
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Philosophe et psychanalyste franco-argentin, ancien résistant guévariste en Argentine, Miguel Benasayag est notamment l'auteur “De l'engagement dans une époque obscure”, avec Angélique Del Rey (Le Passager clandestin, 2011). Selon lui, l'existence ne va jamais sans l'acception du risque.
« Mon engagement n’a pas commencé avec le franchissement d’un Rubicon. Il a débuté “naturellement” à la fin des années 1960 en Argentine. Les coups d’État se succédaient, chacun suivi d’une très courte période démocratique avant qu’un nouveau renversement plus dur encore ne se produise. J’étais un jeune homme issu d’une famille de juifs intello ; ma mère avait fui la France et la guerre avec sa famille. J’appartenais comme beaucoup à la mouvance de contre-culture hippie. Notre engagement n’était pas un programme issu d'une prise de conscience de l’injustice du monde; respirer était tout simplement compliqué! La société était dangereuse, l’injustice permanente et la répression partout.
Dans ces groupes hétéroclites de “contre-culture”, des formations de théâtre côtoyaient des syndicats et des groupes armés. Ces derniers ne pratiquaient pas vraiment des actions armées, il s’agissait plutôt de groupes de contre-pouvoir réunis autour de la figure de Guévara : se distinguant et des Russes et des Américains, ils revendiquaient l’indigénisme, l’art non-figuratif, le féminisme… J’ai très tôt pris du service dans la périphérie de ces mouvements guévaristes, en commençant par alphabétiser dans les bidonvilles et en coordonnant des dispensaires, jusqu’à ce que je participe aux premières actions armées. Je suis devenu combattant ; j’ai acquis des responsabilités militaires.