Dossier / “Que puis-je savoir de l’autre ?”
Mon smartphone peut-il savoir mieux que moi comment je vais ?
© Catherine Balet, de la série Strangers in the Light
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Cet article est issu du numéro 185 de Philosophie magazine « Que puis-je savoir de l’autre ? », en kiosque le 05 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De plus en plus d’outils numériques permettent d’évaluer notre santé mentale : anxiété, dépression, troubles de l’humeur, bipolarité ou schizophrénie... Mon téléphone détecterait-il des états dont je n’aurais pas conscience ?
«Comment ça va aujourd’hui ? » Il est 9h30, la journée de travail débute, et cette question n’est, pour une fois, pas posée par Stéphane devant la machine à café mais par… une application pour smartphone : Moodflow, l’un des nombreux outils numériques spécialisés dans la santé mentale, qu’une amie vous a récemment conseillé de télécharger. Comme d’autres applis (MindDay, Lyynk, MoodFit, OpenSynaps, Jardin Mental…), ce compagnon numérique vous promet de mieux comprendre votre état intérieur. Vous répondez avec un smiley violet qui tire la tronche et consignez vos émotions du moment : « Fatiguée / Lugubre. » Cela ira pour aujourd’hui.
Notre smartphone nous connaîtrait-il mieux que nos proches, que notre médecin – voire que nous-mêmes ? Serait-il capable d’anticiper notre santé psychique future ? Avec la collecte de données personnelles, leur croisement à grande échelle et les progrès de l’intelligence artificielle (IA), l’idée fait en tout cas son chemin. Applications d’autoévaluation, robots conversationnels nourris au machine learning, reconnaissance faciale et jusqu’à des modules de détection d’idées suicidaires, la santé mentale 2.0 laisse presque apercevoir un monde où les psychiatres seraient remplacés par des algorithmes et où les infirmiers posséderaient la douce voix d’assistants virtuels.
Un sismographe de l’âme
« L’intérêt des outils numériques appliqués à la santé mentale, c’est qu’ils permettent de mesurer un certain nombre de comportements ou de paramètres objectifs, explique Marion Leboyer, professeure de psychiatrie, directrice générale de la fondation FondaMental, organisme de recherche qui a développé une dizaine d’outils en ce sens. Ils peuvent prendre en compte une série d’éléments, comme le nombre de pas effectués chaque jour, la qualité du sommeil, la rapidité avec laquelle on tape sur l’écran, les modulations de la voix... Ces outils peuvent aider à poser un diagnostic ou à mesurer des risques. Mais, en aucun cas, ils ne remplacent un diagnostic médical. »