Tribune

Angélique Del Rey : “Cette pandémie devrait être l’occasion de réfléchir différemment à la santé humaine”

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Angélique Del Rey

Angélique Del Rey. © Louis Monier/Bridgeman images

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Si la pandémie a révélé une chose, c’est au moins le « modèle guerrier » de nos politiques de santé. Le discours martial d’Emmanuel Macron (« nous sommes en guerre ») en avril dernier en est le meilleur exemple. Voilà pourquoi la professeur de philosophie Angélique Del Rey plaide pour que la crise sanitaire soit l’occasion de revoir cette approche soldatesque, afin de repenser la santé sur un « modèle environnemental ».

 

« Si le vaccin est disponible, je préfère attendre. Je fais partie de ceux qui ont été assez perplexes lorsque la commission européenne a adopté le règlement n°2020/143, le 17 juillet dernier, supprimant les règles de biosécurité en matière d'expérimentation sur les vaccins OGM. Les vaccins OGM appartiennent à un vaste champ de biotechnologies qui relèvent de la thérapie génique. C’est un domaine émergent, dont j’ai l’intuition qu’il est très prometteur. Seulement, comme on touche à des mécanismes cellulaires sensibles, la réglementation de l’Union européenne prévoyait, jusqu’au 17 juillet, des analyses de risques préalables liés à la modification génétique du vivant ainsi que des mesures de contrôle. Trois des vaccins proposés contre le Covid-19 peuvent être dits OGM : celui d’AstraZeneca, de Johnson&Johnson ou le Sputnik V.

D’autres, comme celui de Pfizer ou Moderna, sont des vaccins de type ARN. Or, nous nous trouvons dans un contexte où l’on a suspendu le principe de précaution, au motif que la pandémie créait un état d’urgence, qu’il fallait agir très vite contre le Covid-19. Je vois là, pour ma part, un conflit entre le principe de prévention – il nous faut absolument prévenir le risque pandémique ! – et le principe de précaution. Ce sont des questions délicates et assez techniques, mais j’ai été sensible au rapport récent du Criigen – une commission de scientifiques indépendante, l’équivalent pour la génétique de ce que fait la Criirad pour le nucléaire – qui détaillait les risques liés à ces vaccins, en dehors de tout choix partisan. En somme, je suis d’avis de laisser un peu de temps passer, d’attendre que les laboratoires publient leurs résultats et que les études d’impact et d’innocuité soient menées.

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