Mort de l’éditeur et écrivain Claude Durand
Claude Durand en dédicace dans le cadre du “Livre sur la Place”, Nancy, septembre 2011 (cc) Ji-Elle / Wikimedia Commons
Éditeur de Gabriel Garcia Marquez et d’Alexandre Soljenitsyne, Claude Durand fut instituteur avant d’entrer au Seuil, auprès de l’éditeur Jean Cayrol. Ce dernier lui apprend le métier tandis que la maison d’édition, en pleine effervescence, publie dans la collection « Combat », qu’il crée, des textes de dissidents politiques des pays de l’Est et d’Amérique latine. Claude Durand découvre en 1968 les Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez qu’il traduit avec son épouse en 1967. Autre coup de maître : la traduction en français, un an après sa parution en Russe, à Paris, de L’Archipel du Goulag qui propulse en 1974 le dissident russe Alexandre Soljenitsyne parmi les classiques. Claude Durand noue une amitié solide avec l’auteur dont il devient l’agent jusqu’à la mort de l’écrivain.
La fin des années soixante-dix signe une nouvelle ère : l’éditeur quitte le Seuil, tandis qu’un rival en prend la tête, pour gagner la maison Grasset ; il y fait paraître La Nuit zoologique, un roman primé en 1979 par le prix Médicis. Une collaboration de très courte durée, puisqu’il quitte aussitôt Grasset pour reprendre les éditions Fayard, qu’il sort de leur torpeur. Claude Durand transforme la maison Fayard en maison d’édition généraliste. Le succès de son entreprise lui vaut un surnom dans le milieu : le « Roi Claude ».
Une jeunesse française, sur le parcours polémique de François Mitterand, La Face cachée du « Monde » : du contre-pouvoir aux abus de pouvoirs de Pierre Péan et Philippe Cohen, BHL, du même Philippe Cohen, écornant la figure de l’intellectuel médiatique, mais aussi les œuvres de l’écrivain albanais Ismaïl Kadaré comptent parmi les ouvrages retentissants publiés chez Fayard. La maison d’édition publie aussi des philosophes et de réflexions pointues, comme celles de Guy Debord, de Régis Debray ou de Jorge Semprún. L’un des derniers gros coups du « Roi Claude » reste le transfert de Michel Houellebecq de Flammarion vers Fayard, pour La Possibilité d’une île, moyennant une somme coquette. L’écrivain n’obtiendra pourtant le Goncourt que cinq plus tard, pour La Carte et le territoire… publié chez Flammarion. Claude Durand quitte la même année Fayard, continuant à écrire. Son dernier roman récemment publié, Usage de faux, dézingue les impostures… du monde de l’édition.