Entretien

Nicolas Roussellier : “La nomination de Michel Barnier signe la fin de la démocratie exécutive”

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Nicolas Roussellier : “La nomination de Michel Barnier signe la fin de la démocratie exécutive”

Nicolas Roussellier. © Gallimard via opale.photo

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Pour l’historien Nicolas Roussellier, auteur de La Force de gouverner (Gallimard, 2015), la nomination par l’Élysée de Michel Barnier au poste de Premier ministre acte un changement de fond de la scène politique où les partis ne peuvent plus agir de façon disciplinée. Il faudra fabriquer des majorités texte après texte, comme sous la IIIe République, non autour de la coalition la plus forte mais de personnalités qui peuvent jouer les entremetteurs.


 

Du point de vue de l’histoire de notre république, la nomination de Michel Barnier est-elle surprenante ?

Nicolas Roussellier : Si l’on considère la Ve République, elle est inédite. Jusqu’en 2022 au moins, la nomination du Premier ministre s’imposait d’elle-même. Elle était la conséquence d’une majorité assez forte d’un parti ou d’une coalition parlementaire sortie des urnes. Avant cette année, jamais le président n’avait eu besoin de nommer un personnage minoritaire à la tête du gouvernement. Aujourd’hui, non seulement Les Républicains représentent moins de 10% des députés mais, en plus, Michel Barnier n’en est pas du tout le chef. Cependant, si l’on remonte un peu plus loin dans l’histoire de nos républiques, nous avons connu des temps où pour former un gouvernement, nous avions besoin de nommer un Premier ministre issu non de partis majoritaires mais de partis « pivots » ou « charnières », des forces politiques plus petites mais qui comptaient dans leurs rangs des « entremetteurs ». Le Parti radical-socialiste, fondé en 1901, l’illustre parfaitement. Il n’était pas aussi minoritaire sous la IIIe République que ne le sont devenus Les Républicains, mais il était plus petit que la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en 1938 avec Daladier. À l’époque, il était naturel de penser que la nomination d’un Premier ministre avait pour nécessité la construction d’une majorité qui n’était jamais donnée d’avance mais qui émergeait après le premier vote consécutif à la déclaration de politique générale.

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