La notion
“Cohabitation”, “collaboration” ou “coexistence” : comment qualifier le tandem Macron-Barnier ?
© Ludovic Marin/AP/sipa
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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine « Comment trouver le bon rythme ? », en kiosque le 26 septembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment qualifier le nouveau tandem formé par le président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre fraîchement désigné, Michel Barnier ? Le mot consacré de « cohabitation » a été immédiatement écarté par les intéressés. Il ne correspond pas tout à fait, il est vrai, aux précédents historiques. Les Républicains, dont est issu Barnier, sont loin de posséder la majorité à l’Assemblée. Le parti n’est pas non plus, quoi qu’il en dise, en franche opposition avec le président. Le terme de « collaboration » a été lui aussi évacué. Il rappelait sans doute trop Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié avec une évidente condescendance son Premier ministre, François Fillon, de « collaborateur » – soit de simple subordonné. C’est en ce sens que le mot est utilisé dans le monde de l’entreprise, comme un euphémisme qui dissimule mal les rapports hiérarchiques. Alors, comment désigner la situation ? Le président a proposé l’expression de « coexistence exigeante » – « un terme qui peut correspondre », selon Barnier. Si le mot « coexistence » porte des connotations positives, il renvoie l’image moins attrayante de deux sphères parallèles qui se contentent de ne pas empiéter sur l’espace de l’autre sans pour autant agir de concert. « Le président doit présider, le gouvernement doit gouverner », résume Barnier. Mais, en sous-main, l’entourage du président pousse une autre formule : la « coopération exigeante ». Hasard, sans doute, l’expression a été développée par le philosophe et sociologue Richard Sennett. « La coopération exigeante […] consiste à relier des gens qui ont des intérêts séparés, voire contradictoires, qui sont dérangés les uns par les autres […] ou qui ne se comprennent pas », affirmait-il dans un entretien à Philosophie magazine en 2015. La description s’applique mal à Macron et à Barnier, qui parlent à peu près le même langage et défendent des visions politiques proches. Les désaccords sont superficiels. Qu’entre les deux, une synergie d’action puisse surgir, c’est une évidence. Mais elle ne sera pas le produit d’un effort d’écoute de l’autre. Les deux hommes y voient sans doute une solution de facilité. Sennett met cependant en garde : « On croit coopérer mieux avec des gens qui nous sont proches. Ce n’est pas vrai. »