L’œil de la sorcière
Nous sommes donc je suis
illustration © Oriane Safré-Proust / Valérie Oualid pour PM
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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En psychiatrie, la cohabitation en soi de plusieurs personnalités porte un nom : le trouble dissociatif de l’identité. Mais s’ouvrir au multiple est-il seulement le signe d’une pathologie ?
Aux États-Unis comme en France, les médecins font face, depuis les confinements, à une augmentation des consultations pour trouble dissociatif de l’identité (TDI). Autrefois nommé trouble de la personnalité multiple, ce mal de la conscience fragmentée a inspiré de nombreux films, dont Split (2017) de M. Night Shyamalan, racontant l’histoire d’un criminel aux vingt-quatre personnalités (inspiré par le violeur en série Billy Milligan). Si Évagre le Pontique décrivait déjà, au IVe siècle, des cas de possession par des démons s’apparentant à une double personnalité, le dangereux archétype aux visages multiples a fait son entrée au sein de la pop culture dans les années 1980, après l’immense succès du roman Sibyl (1973) de Flora Rheta Schreiber, qui décrit la guérison d’une femme aux quatorze personnalités, et la médiatisation du cas Milligan. Récemment, le TDI a connu un regain de popularité sur les réseaux sociaux. Des jeunes qui en souffrent y partagent leur quotidien et leurs épreuves, et présentent leurs alter (qui portent chacun un nom), tout en évoquant la peine et les traumas ayant conduit à cette fragmentation. Car, oui, le TDI est lié à des traumatismes graves qui, à un moment donné, souvent dans l’enfance, ont fait voler en éclats l’unité de la personne.