Air du temps
Non à l’obsession du corps sain !
© Diana Polekhina/Unsplash
Cet article est réservé aux abonnés.
L’orthorexie, du grec orthos, « correct », et órexis (ὄρεξις), qui signifie « appétit », est un trouble des conduites alimentaires (TCA) qui pousse une personne à s’attacher de manière obsessionnelle à la qualité des aliments qu’elle absorbe. La bigorexie, néologisme formé depuis l’anglais big, en référence à l’augmentation de la masse musculaire, désigne quant à elle une addiction d’ordre pathologique au sport.
Mais, pourquoi parler de « troubles » ? En quoi est-ce un problème de vouloir manger des aliments de bonne qualité, bio et issus du marché ? Et pourquoi serait-il grave de faire du sport, à une époque où la sédentarité est vue comme un fléau ? C’est bien là que se trouve le problème. Réponses avec Michel Foucault et… les père de l’Église.
Des troubles invisibles et socialement encouragés
La plupart du temps, la bigorexie et l’orthorexie ne sont pas vues comme des troubles. « Quand les gens me voient partir faire du vélo a 5 heures du matin, pour eux, j’ai du courage », explique Servane, interrogée dans l’émission Les Pieds sur terre pour parler de son addiction au sport. Ces pathologies, plutôt valorisées socialement, demeurent donc souvent indétectables. Pourquoi s’en prendrait-on à celui qui, courageusement, arrive à tenir son régime ou son programme sportif ? Loin d’être réprouvées, ces addictions révèlent une capacité d’abnégation qui trouve un écho favorable dans des sociétés terrifiées par le relâchement de l’individu moderne.
Pourtant, ces troubles comportent de réels dangers. Pour une personne orthorexique, la nourriture est une obsession de chaque instant. Elle a lu des dizaines de manuels de diététique, accumulé des consignes nutritionnelles très pointues et souvent contradictoires. Elle connaît tout sur tout… Ce qui fait qu’elle ne mange presque plus rien, supprimant des variétés entières d’aliments jugés trop transformés, trop riches, ou pas assez bio... À force de se crisper sur la composition de son assiette, tout repas partagé devient une torture.