Hors-série "La puissance des femmes"

Isabelle Sorente : "Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour !"

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Isabelle Sorente en 2019

Isabelle Sorente en 2019. © Céline Nieszawer/Leextra via Leemage

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 43 de Philosophie magazine « La Puissance des Femmes. Une autre histoire de la pensée », en kiosque le 17 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Aussi fascinante qu’inquiétante, la sorcière hante nos imaginaires. L’écrivaine Isabelle Sorente explore au fil du temps les visages de cette figure protéiforme. Bouc émissaire diabolisé d’un XVe siècle troublé qui a fait sienne l’injonction de l’Ancien Testament, « Tu ne laisseras pas vivre la magicienne », elle se réincarne aujourd’hui en figure emblématique réappropriée par les mouvements féministes. Les sorcières n’ont pas pris une ride.

 

« La sorcière nous fascine tous. À cause de ses pouvoirs, de son apparence changeante, de sa façon d’ondoyer dans notre imaginaire, tantôt vieille femme, évoquant les Parques ou les sorcières de Macbeth, tantôt beauté fatale, proche des vamps de films noirs, mais toujours radicale, marginale, qu’elle soit mystique, sage-femme ou herboriste, pratiquant son art en dehors du couvent, de l’université, de la famille. Pas étonnant que cette marginale soit devenue un symbole du féminisme : “Tremate, tremate, le streghe son tornate”, scandaient les Italiennes de la génération de ma mère (“Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour”), avant de devenir, cinquante ans plus tard, le mot d’ordre du mouvement écoféministe. Pour les écoféministes, dont l’une des plus célèbres théoriciennes, Starhawk, n’hésite pas à se revendiquer sorcière, l’exploitation des femmes et celle de la nature sont également désastreuses pour tous – hommes ou femmes – et participent d’un même système de pensée, fondé sur ce que Starhawk qualifie de “pouvoir-sur”, pouvoir sur le plus faible, sur le plus âgé, sur le plus silencieux. Au “pouvoir-sur”, Starhawk oppose le “pouvoir-du-dedans”, aussi appelé dans ses textes l’“immanence” ou la “Déesse”, qui n’est pas sans rappeler le principe directeur de Marc Aurèle ou le Tao des anciens maîtres, ce pouvoir de l’esprit qui transforme le monde. Tel est sans aucun doute le premier et le plus ancien visage de la sorcière, celui d’une sagesse non académique, non conformiste, une sagesse écosystémique, pourrait-on dire, à la fois concrète et mystique. En 2019, ce visage n’a pas pris une ride. 
 

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