Hors-série "L'art de bien parler"

Nicolas Tenaillon : l’éloge d’Hélène… et de Gorgias

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 51 de Philosophie magazine « L’art de bien parler », en kiosque le 18 novembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Qu’importe la vérité si l’on est persuasif. » C’est pour Nicolas Tenaillon la conviction qui anime Gorgias lorsqu’il compose ce modèle d’exercice rhétorique. C’est ainsi que l’éloge d’Hélène devient l’éloge de Gorgias faisant l’éloge d’Hélène…

 

Dans la Grèce antique, il était d’usage de former les futurs orateurs par des exercices de rhétorique difficiles. Parmi ces exercices, l’un des plus ardus était de parvenir à produire un éloge d’Hélène. En effet, comment convaincre un auditoire que cette femme à la réputation détestable, parce qu’on la tenait pour responsable de la guerre de Troie, était en réalité innocente des crimes dont la mémoire collective l’accusait depuis près de quatre siècles ? Socrate lui-même s’y essaya, Isocrate s’y cassa les dents. Dans cet exercice périlleux, nul n’égala Gorgias, le plus célèbre des sophistes. Son Éloge d’Hélène est un chef-d’œuvre qui, en moins de six pages, révèle toute la puissance de séduction de la rhétorique. Mais en quoi au juste ce texte est-il un modèle ? En ce qu’il est parsemé d’indices pour nous mettre en garde contre les pièges de la rhétorique elle-même tout en les utilisant. Tel est le coup de génie de Gorgias : avertir qu’il est un illusionniste pour mieux… nous illusionner.

Dès le prologue, l’auditeur est prévenu : « La parure [kosmos] d’un discours, […] c’est sa vérité. » Tout est dans l’apparence parce que ce qui brille attire et emporte l’adhésion des plus récalcitrants. Un discours élogieux, s’il est bien tourné, doit toujours être loué, car la forme décide du fond. Imitant les dialecticiens, Gorgias fournira donc une « démonstration raisonnée [logismos] » pour plaire parce que cela suffit pour convaincre. Qu’importe la vérité si l’on est persuasif.

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