Exposition Léon Spilliaert
Nietzsche en filigrane
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Cet article est issu du numéro 7 de Philosophie magazine « 7 - mars 2007 », en kiosque le 22 février 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Entre fantastique et introspection, l’œuvre du peintre belge est imprégnée de l’univers tourmenté du philosophe allemand. Après Bruxelles, c’est au tour de Paris de rendre hommage, soixante ans après sa mort, à cet artiste majeur du début du XXe siècle.
Né à Ostende en 1881, Léon Spilliaert invente en quasi-autodidacte une œuvre singulière sur papier, aux moyens de l’encre de chine, de l’aquarelle et de crayons de couleur. Ses encres, qui évoquent les nuits de sa ville natale, offrent une vision énigmatique de ses quais et de ses digues. Elles présentent également des intérieurs solitaires et des figures féminines fantomatiques. Le peintre a sa place aux côtés d’Edvard Munch, qui l’a marqué, et de Giorgio de Chirico, auquel on l’a parfois comparé. Avec eux, il partage un intérêt pour Friedrich Nietzsche dont les écrits se diffusent dans un contexte de crise du rationalisme occidental. Cette influence est telle que, lorsqu’en 1895, Munch expose Le Cri, certains voient dans sa lithographie une référence au philosophe allemand, en raison de la phrase : « Je sentis le grand cri qui traverse la nature. » Vers 1906, Munch peint même, pour un mécène, un portrait de Nietzsche.
La relation de Spilliaert au penseur se nourrit sans doute d’une lecture plus personnelle. Le Nietzsche qui l’intéresse n’est pas non plus celui, méditerranéen et « solaire », que de Chirico évoque en rappelant la fascination de l’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra pour Georges Bizet. C’est davantage le Nietzsche « sombre » de Humain trop humain qui semble l’avoir d’abord marqué : l’« esprit libre » qui, à l’épreuve de la maladie, rompt froidement avec la sentimentalité et le pathos romantique, pour répudier l’« idéalisme ». Tout indique que Spilliaert, malade, déprimé et isolé, a cru se retrouver dans ce geste nietzschéen. Une notice autobiographique présente son parcours existentiel et artistique ainsi : « De mon enfance, je conserve un souvenir ébloui, jusqu’au jour où l’on me mit à l’école. Depuis lors on m’a volé mon âme et plus jamais je ne l’ai retrouvée. Cette douloureuse recherche est toute l’histoire de ma peinture [...]. Tout ce qui était école, maître, académie me faisait horreur. Je ne voulus plus voir personne ; traitant tout le monde en ennemi. Je travaillais, enfermé chez moi toute la journée. À la nuit tombée, je sortais par n’importe quel temps, faisant durant des heures d’énormes promenades le long de la mer ou à travers les champs. Dans mon entourage, j’étais un objet d’étonnement et de scandale. » Que cette rupture avec le monde social et ses conventions se soit accomplie dans une fidélité à Nietzsche n’est pas douteux.