Paroles d’intellectuels ukrainiens

Oleksandr Savtchouk, éditeur à Kharkiv : “L’histoire de l’Ukraine est un champ de ruines qu’il faut reconstruire”

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Oleksandr Savtchouk, éditeur à Kharkiv : “L’histoire de l’Ukraine est un champ de ruines qu’il faut reconstruire”

Oleksandr Savtchouk. © Michel Eltchaninoff

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En traversant l’Ukraine d’ouest en est fin octobre-début novembre, nous avons recueilli les analyses d’intellectuels sur la situation de leur pays. À Kharkiv, ville située à 30 kilomètres de la frontière russe très exposée aux bombardements, le jeune éditeur Oleksandr Savtchouk tente de ressusciter une mémoire et une culture ukrainiennes effacées par la Russie. C’est sa manière à lui de participer à la résistance contre l’agresseur. 


Pourquoi êtes-vous devenu éditeur ? 

Oleksandr Savtchouk : Après avoir fait des études de philosophie et être entré dans un institut polytechnique, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément d’ouvrages sur la culture ukrainienne que j’aimerais lire et qui n’existaient pas. J’ai alors décidé de les publier moi-même. J’étais en quête de mes racines. Comme beaucoup de personnes de ma génération, surtout ici, à l’est du pays, je connaissais très mal les grandes pages de l’histoire ukrainienne : le Holodomor – l’extermination stalinienne par la faim au début des années 1930 –, la Seconde Guerre mondiale (hors de sa version officielle, soviétique), les répressions contre la langue et la culture ukrainiennes. 

“Nos soldats mutilés se font poser des prothèses. En tant qu’éditeur, je pose des prothèses sur l’histoire de mon pays”

Mon pays, en réalité, est comme un champ de ruines, et cette mémoire a été étouffée. Les gens sont complètement déracinés et ne connaissent pas leur passé. Après avoir participé à une expédition ethnographique dans l’ouest de l’Ukraine, je me suis intéressé à la musique, au théâtre, aux traditions populaires, à l’architecture, aux mémoires des personnalités de la culture… Regardez la photo de cette église baroque, tirée d’un livre que j’ai édité. Elle date de 1759, avant l’influence de l’architecture impériale russe. Les lignes, l’espace intérieur expriment une théologie de l’espace différente de celle qui imprègne les églises russes. Bref, avec ces livres, j’essaie de combler les blancs de notre histoire. Nos soldats mutilés se font poser des prothèses. En tant qu’éditeur, je pose des prothèses sur l’histoire de mon pays.  

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