La lettre du mercredi

Osaka 2025 : l’avenir, c’est du passé

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Osaka 2025 : l’avenir, c’est du passé

Osaka (Japon), le 29 avril 2025. Le pavillon des États-Unis à l’Exposition universelle de 2025. © The Yomiuri Shimbun via AFP

« Il y a quelques jours, j’ai visité l’Exposition universelle d’Osaka. La capitale du Kansai avait déjà accueilli cette manifestation il y a un demi-siècle, et je me suis imaginé dans la peau d’un voyageur temporel glissant d’Osaka 1970 à Osaka 2025 : quelles différences entre les deux versions du futur ? Je vous résume : 2025 c’est comme 1970, mais en vieux.

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Selon la Convention de 1928 qui les réglemente, la raison d’être d’une Exposition universelle est de proposer “l’inventaire des moyens dont dispose l’homme pour satisfaire les besoins d’une civilisation”. Ce genre d’expos est bien d’autres choses aussi – parc d’attractions, office de tourisme, vitrine architecturale, etc. –, mais ladite raison est au cœur du projet né au temps des grandes utopies industrielles du XIXe siècle. Elle suppose d’offrir aux visiteurs un promontoire d’où ils pourront jeter un coup d’œil dans un futur piloté par de nouvelles machines et inventions. Et c’était l’ambition de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970, sorte de couronnement du “miracle économique” qui a fait du vaincu de la Seconde Guerre mondiale la deuxième puissance industrielle parmi les démocraties occidentales. Mais le succès n’est pas seulement économique. Les ados des années 1970 s’en souviennent : la modernité, à l’époque, est largement portée par Sony, Panasonic, Nikon, Fuji et tous les barons de l’image et du son dont les bannières publicitaires flottent sur les grandes cités du monde occidental. Sans oublier les promesses fantasmatiques de la robotique, dont le Japon est alors le champion incontestable. “Le Japon est devenu le laboratoire d’une nouvelle culture”, écrit Noboru Kawazoe, l’un des penseurs en amont de l’expo d’Osaka ’70. Et il a raison. 64 millions de visiteurs (un record !) vont à l’époque se presser dans un décor architectural futuriste à souhait, où ils peuvent croiser des robots géants inspirés par le maître du manga Osamu Tezuka ou s’imaginer se prélassant dans une baignoire futuriste, sorte de suppositoire géant mi-plexiglas, mi-plastique, fonctionnant aux ultrasons. Dans le pavillon américain comme dans son homologue soviétique, les files s’allongent pour observer les roches rapportées de la Lune avec Apollo 11 ou admirer les Soyouz siglés “CCCP”. Mais le vrai marqueur du futur n’est pas tant l’espace que l’image : les visiteurs peuvent voir un film au format Imax, tester les premiers téléphones portables ou des “vidéophones”… Les nombreux reportages d’alors en témoignent, le futur vu d’Osaka ’70 est plutôt optimiste. On y enterre même solennellement une capsule temporelle, à ouvrir en 6970.

Qu’est-ce qui a changé en 55 ans ? Comme disait l’autre, il y a du bon et du neuf, mais le bon n’est pas neuf et le neuf n’est pas bon : j’ai retrouvé une nouvelle baignoire du futur, à peine améliorée (l’inventeur de la précédente a repris du service pour l’occasion). Moyennant une patience que je n’ai pas eue, j’aurais pu faire la queue quelques heures pour passer une “porte du futur” me permettant de rencontrer via une IA celui que je serai dans 25 ans (entre film catastrophe et film d’horreur). Découvrir des sneakers éternelles, à savoir des baskets faites d’un matériau qui “se régénère comme des cellules”, ou un “cœur” fabriqué à partir de cellules souches pluripotentes induites. Mais au fond, ce qui m’a frappé le plus dans cette exposition, c’est le vide abyssal de toute pensée du futur. À l’image de ce pavillon français qui célèbre les malles Vuitton et les (au demeurant très belles) robes Dior. Sans compter – ce devait être l’une des attractions phares de l’expo – une voiture volante misérablement tombée en panne avant son essai. La voiture volante imaginée par Robida à la fin du XIXe siècle comme symbole de l’impossibilité de notre temps d’imaginer un futur qui ne soit pas usagé ? Vivement le retour des utopies. »