Les remèdes

Paroles de rescapés

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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il est des lectures qui changent le cours d’une existence et ont un effet libérateur. Voici trois témoignages de ces guérisons étonnantes, commentés par des philosophes.

Arnaud Bédouet : « J’ai réalisé que j’étais en train de passer à côté d’une vie plus dense. »

Après des années erratiques, Il est devenu dramaturge grâce à la lecture de Sénèque.

« Quand j’avais une vingtaine d’années, je vivais dans une grande insouciance. J’étais comédien. Je papillonnais, je me dispersais de rencontres en soirées… Pour moi, un comédien ne devait pas agir mais se laisser imprimer par les choses. J’étais comme fragmenté. Je ne sais plus pourquoi j’ai lu Sénèque. Dans De la brièveté de la vie, il écrit : “Il y a une grande différence entre vivre longtemps et longtemps exister.” Ces quelques mots ont été un révélateur. Il explique que le problème n’est pas de disposer de peu de temps, mais d’en perdre beaucoup. J’ai réalisé que, à vouloir explorer tous les possibles et ne renoncer à rien, j’étais en train de passer à côté d’une vie plus dense. Je dois à cette lecture d’avoir commencé à écrire. Sénèque écrit que l’on est moins prêt à partager sa richesse que son temps, pourtant plus précieux. Or l’écriture passe par la solitude et l’introspection. C’est un moment d’intense création, qui donne au temps une grande importance. J’ai débuté par des dramatiques pour Radio France, puis j’ai écrit pour le théâtre. Sénèque n’a pas décidé de ma vocation, mais il m’a aidé à trouver mon tempo. »

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