The Walking Dead. La Peste soit des zombies

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The Walking Dead. La Peste soit des zombies

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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À quoi tient le succès de cette série ? Au frisson ressenti devant un monde livré aux morts-vivants ou à la lutte désespérée des rescapés pour sauvegarder ce qu’il leur reste d’humanité ? Pour répondre, exhumons Camus.

Comment un monde en lambeaux peut-il devenir un phénomène de société ? D’où vient le succès de The Walking Dead ? À quoi tient l’invraisemblable popularité d’une bande dessinée devenue série télévisée sans queue ni tête, où des vagabonds tentent de survivre à des zombies ?

Au frisson transgressif du citoyen qui constate que, quand la survie est en jeu, on doit se donner pour principes de tuer celui qui vous menace, de soumettre ou de se soumettre, et d’apprendre aux enfants, dès leur plus jeune âge, à se servir d’une arme ? Au vertige prémonitoire d’un spectateur que des villes fossilisées, hantées par des ombres et livrées au pillage des survivants renseignent sur l’apocalypse qui l’attend, peut-être ? Peut-être.

« Qu’est-ce que ça veut dire, la peste? C’est la vie, et voilà tout. »

Albert Camus

En vérité, plus qu’à la possibilité du nihil et à ses conséquences morales, c’est à l’absurdité camusienne de leur combat que l’on doit de s’identifier aux personnages de la série. Quelle différence entre ces combattants sans espoir, eux-mêmes porteurs du virus qui les condamne à se transformer en rôdeurs après leur mort, et la petite armée des gens ordinaires qui, dans La Peste de Camus, luttent en vain contre un fléau que « chacun porte en soi » et dont « personne n’est indemne » ? Quelle différence entre ces groupes de rescapés, composés par le hasard et soudés par la nécessité, dont l’errance indéfinie (et sans but) peut s’interrompre d’un sale coup de dent, et les familles humaines dont les membres ne se sont pas choisis et qui tentent, cahin-caha, de suivre sans embûches le parcours qui, de toute façon, les conduit au précipice… Comme eux, nous sommes condamnés. Comme eux, nous titubons debout, dans un silence de mort, et nos folies, nos égoïsmes et l’hostile troupeau des sans-dents que la routine assomme valent bien quelques conflits de territoires, l’organisation de la survie et la menace sporadique d’un mort-vivant… « Qu’est-ce que ça veut dire, la peste ? demande Camus. C’est la vie, et voilà tout. »

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