Printemps des zombies
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les créatures popularisées par George Romero ou “The Walking Dead” sont de plus en plus nombreuses à envahir notre imaginaire. Est-ce le signe que la mort hante la façon dont nous traitons le “vivant” ?
La première chose que je remarque au printemps, ce sont les oiseaux. Le merle qui chante dans ma cour salue le soleil chaque matin vers 6 heures. J’adore qu’il me réveille, mais, cette année, je le trouve bien seul. Pas d’autres oiseaux pour l’accompagner, même pas un moineau. Il me semble me souvenir de printemps pas si lointains, deux ou trois ans tout au plus, où les oiseaux chantaient en chœur dans cette cour le matin. Bien sûr, rien ne prouve que ce chant solitaire soit représentatif de l’inquiétante disparition des oiseaux désormais constatée dans tous les pays d’Europe. Il est même probable que ma connaissance de ces études – les oiseaux se raréfient, rien qu’en France, leur population a diminué d’un tiers en quinze ans – influence ma façon d’écouter le merle et de prêter l’oreille à sa solitude. Ai-je raison de la trouver inquiétante ? Suis-je folle de croire que je perçois les modifications de mon environnement ou suis-je folle de douter de mes perceptions ? Le dérèglement climatique semble nous condamner à cette oscillation permanente entre l’extra-lucidité et le déni. Il faut croire que c’est sa trace psychique.