Pendant que j’y pense / juillet-août 2014

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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si on réinventait le monde ? Je vois d’ici vos mines dubitatives et la mienne ne l’est pas moins : bien sûr, on n’est pas contre, mais pas franchement d’humeur à nous farcir des lendemains qui chantent (air connu) ou à croire n’importe quel charlatan qui nous promettrait le changement (re-air connu). Dans cette époque épaisse, on serait plutôt du genre modeste : allumer quelques loupiotes pour comprendre la complexité et repérer les pistes d’avenir, ce n’est déjà pas mal. Fabian Seunier, lui, ne s’embarrasse pas de ces précautions, et c’est ainsi qu’il nous bluffe. Sa solution est simple : je suis le centre du monde, je suis Dieu, je crée le Paradis, j’en suis le héros et fais en sorte de ne pas m’y ennuyer. À bas vieux monde, dont le seul horizon se chiffre en décimales de taux de croissance ; à bas éducation étriquée, qui n’enseigne que la conformité, vive la puissance de la liberté, à commencer par celle des rêves, les miens étant la mesure naturelle du monde. Chacun peut ainsi « inventer son monde toute sa vie ». Avec une tranquille immodestie, mais non sans autodérision, cet ex-wonderboy de la finance a envoyé par la Poste cet étonnant conte philosophique, J’étais dieu et malgré les apparences j’aimerais bien le rester (Éd. du Pommier, 10 €). Michel Serres y a reconnu ce que sa Petite Poucette, jeune mutante à smartphone, a sûrement dans la tête. En effet, il y a dans ce conte un air de jamais vu. Nulle révolte contre l’injustice mais contre la médiocrité. Un égocentrisme assumé et poussé au bout de sa logique créatrice. Le monde neuf appartient à ceux qui trouvent la part de dieu en eux, la part d’enfance au fond. 

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