Biologie et beauté du vivant

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Biologie et beauté du vivant

Francis Hallé © Sarah Del Ben / Wild-Touch – 2013

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La troisième édition du Festival Mode d’Emploi organisé par la Villa Gillet, se tiendra du 17 au 30 novembre 2014. Voici en avant-première le texte proposé par le botaniste Francis Hallé, qui interviendra le samedi 22 novembre 2014 autour du thème “Harmonie et concorde”. Rencontre en partenariat avec Philosophie magazine, animée par Alexandre Lacroix.

Sur la plage de Carnon, j’ai ramassé deux coquillages, la valve d’un gros Cardium et un petit gastéropode appelé ici « Pied de Pélican »: dans des styles différents, ils ont des formes admirables; plus je les observe, plus je les trouve beaux et, malgré leur taille réduite, d’une beauté si majestueuse qu’elle en devient presque douloureuse, car elle me donne la mesure de mon ignorance à son endroit et de l’incapacité où je me trouve de comprendre à quoi elle sert.

Est « beau », dit le dictionnaire, ce qui éveille un sentiment esthétique, ce qui suscite un plaisir admiratif. Comment imaginer que la beauté puisse être inutile ? Que signifie la beauté du vivant ? Cette question ne mérite-t-elle pas d’être posée ?


Quittant – provisoirement – les arbres et les forêts des Tropiques, je sors de la botanique pour m’aventurer vers un concept dont l’étude n’est guère familière aux naturalistes, bien que leur profession en fournisse quotidiennement l’expérience : la beauté du vivant.

Parmi celles et ceux que la nature intéresse au point d’y consacrer leur existence, nous sommes nombreux à admettre - en privé - que beaucoup de plantes et d’animaux sont indescriptiblement beaux, que cette beauté nous a incités hier à choisir notre métier et qu’aujourd’hui encore, pour une part, elle justifie notre activité. Je précise « en privé », car les références à la beauté sont singulièrement absentes des enseignements, des publications et des conférences internationales.

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