Et si l’évolution se plantait ?
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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La Nature serait harmonieuse et ordonnée. Mais qu’en est-il vraiment ? Si Francis Hallé, botaniste, se montre fasciné par la perfection du règne végétal, Pierre-Henri Gouyon, biologiste, insiste, lui, sur le chaos à l’œuvre dans la biodiversité.
« La nature fait bien les choses », dit le proverbe. Mais elle ne raisonne pas, ajoute Francis Hallé, biologiste et botaniste, ancien professeur à l’université de Montpellier et auteur d’Éloge de la plante (Seuil, 1999 ; rééd. Points-Science, 2014). Celui qui défend les dernières forêts primaires tropicales – elles ne constituent plus que 5 % des forêts de la planète alors qu’elles recèlent 75 % des réserves de biodiversité – est convaincu qu’on ne pourra sauver ce qu’il en reste qu’en réévaluant le statut du règne végétal qui a été trop longtemps soumis au modèle hégémonique et prédateur de l’animal. « J’essaie d’arracher le monde végétal à une profonde injustice. Sous prétexte que les plantes ne bougent pas et ne font pas de bruit, beaucoup ne les considèrent même pas comme des êtres vivants. Au mieux, nous nous les représentons comme des animaux immobiles. » C’est ne rien comprendre à ce monde dont nous dépendons puisque, à travers la photosynthèse, le végétal nous permet de respirer en nous fournissant l’oxygène. « Un arbre est véritablement une usine d’épuration. Et les plantes peuvent être considérées comme des dépollueurs naturels. Je ne veux pas choquer, mais il me semble que les plantes ont évolué plus que nous, elles sont allées plus loin dans leur sens que nous dans le nôtre. » Selon Hallé, c’est moins d’une ignorance que souffre le monde végétal que de fausses représentations. « Prenez les forêts primaires équatoriales. On s’imagine une forêt luxuriante, pleine de végétation et de lianes, dans laquelle on n’avance qu’à l’aide d’une machette. C’est totalement faux ! Le trait distinctif d’une forêt primaire, c’est que vous pouvez y rouler à vélo sans souci. Il n’y a rien au sol mis à part une litière de feuilles. Pour une raison simple : il n’y a presque pas de lumière dans le sous-bois. Tout se passe en hauteur, dans la canopée, à l’interface entre la forêt et l’atmosphère. Grâce au mélange exceptionnel d’eau, de lumière et de température équatoriale, c’est là qu’il y a le record absolu de nombre d’espèces par unité de volume. »