Harmonie et concorde: pires ennemies de la musique?

Temps de lecture : 5 min

Harmonie et concorde: pires ennemies de la musique?

Karol Beffa © DR

Cet article est réservé aux abonnés.

La troisième édition du Festival Mode d’Emploi organisé par la Villa Gillet, se tiendra du 17 au 30 novembre 2014. Voici en avant-première le texte proposé par le musicien Karol Beffa, qui interviendra le samedi 22 novembre 2014 autour du thème “Harmonie et concorde”. Rencontre en partenariat avec Philosophie magazine, animée par Alexandre Lacroix.

Parler d’harmonie et de concorde à un compositeur, c’est lui parler un langage familier.

Les deux mots en réalité sont exactement synonymes, voire homothétiques. L’un dit en grec ce que l’autre dit en latin. Dans les deux cas, il désigne un ajustement parfait : les grecs parlent d’harmonie pour deux pièces de bois qui s’emboîtent parfaitement ; les latins, pour une fois plus poètes, parlent de concorde pour deux cœurs qui s’entendent et s’apparient. Dans les deux cas, deux entités qui allaient séparément, ignoraient leur existence mutuelle, vivaient chacune une vie indépendante soudain font jonction et constatent qu’elles étaient faites l’une pour l’autre, que leur convergence les rend plus fortes et plus riches. Soudain, autour de cette rencontre, ces entités prennent sens comme si l’une sans le savoir appelait l’autre.


Dès son origine, la musique est comme l’extraction symbolique de ces heureuses jonctions. Terme de construction, l’harmonie devient terme de musique pour dire du monde des sons ce que le grec disait du monde des choses et ce que le latin dira du monde des cœurs. Clef de cette symbolique, l’harmonie musicale reste empreinte d’une forte dimension artisanale — c’est un exercice, une équation, une pratique — et psychologique — son apparition crée l’entente entre ceux qui écoutent. L’harmonie est, au sens propre du terme, ce qui consonne et par conséquent unit les esprits : dans « concorde », on entend « accord ». Indissolublement, la musique a lié l’ordre physique et l’ordre moral. Sa raison d’être est de travailler sur ce lien.

Cet article est réservé aux abonnés