Pendant que j’y pense / septembre 2016
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Conjuguer est, depuis des lustres, l’art de Bescherelle – chacun garde en mémoire le Bescherelle, manuel inégalé, redouté des élèves et béni des professeurs, de conjugaison des verbes français. Alors, quand Bescherelle s’intéresse à la philosophie, que fait-il ? Il conjugue le verbe « philosopher » à tous les temps et à toutes les personnes. À tous les temps : l’ouvrage s’annonce clairement comme Chronologie de l’histoire de la philosophie (préface de Raphaël Enthoven, 19,90 €) avec ses frises, son découpage en périodes (du VIe siècle av. J.-C. à nos jours), ses entrées par auteurs, ses points de doctrine. À toutes les personnes : si les philosophes y sont (presque) tous, de Thalès à Ricœur, arrivent avec eux, des « je », des « tu », des « il », des « nous », des « autres », des « tout homme », des cogito, des objets, des atomes, des planètes, des animaux, des corps, des esprits, des âmes, des dieux, des tyrans… beaucoup de monde en 190 doubles pages, concises et claires. C’est le Bescherelle à se procurer pour aborder la rentrée en classe de philo avec confiance. Là où ses auteurs ont fait fort, c’est en conjuguant le savoir et la pensée, une affaire toujours compliquée pour entrer dans la philosophie : s’agit-il d’apprendre à réfléchir, à articuler un raisonnement à partir de grandes questions ? Ou bien surtout de connaître un corpus d’œuvres et de notions ? Le beau mot de « conjuguer » dit que la philosophie, comme la langue, ne descend pas tout armée du ciel et que, si elle a sa grammaire et son vocabulaire, c’est qu’elle est tissage, transformation, émulation, intuition, mise en relation avec le monde et l’Histoire. Cela s’appelle comprendre.