Clivages
Peuple/Plèbe
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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Communauté idéale ou masse en proie aux démagogues… En démocratie, le « peuple » suscite toujours bien des fantasmes.
On sait ce qu’est la démocratie : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Constitution, art. 2). Mais savoir « qui est le peuple ? » reste une énigme. La difficulté est apparue dès les premiers jours de la Révolution française. Lorsque, le 17 juin 1789, les députés du tiers état, et quelques membres des autres ordres, se proclament unilatéralement « Assemblée nationale », ils affirment que le peuple/la nation est désormais la source ultime de la souveraineté. L’appellation d’« Assemblée nationale » fit l’objet de débats enflammés. Avant de s’y rallier, Mirabeau avait proposé de la nommer assemblée des « représentants du peuple ». Il entendait ainsi jouer sur l’ambiguïté du concept, dont le latin distingue deux notions : populus et plebs.
Le populus, c’est l’ensemble de la communauté nationale, d’un point de vue idéal : la sagesse collective, l’intérêt commun, ce que Rousseau appelait la « volonté générale », c’est-à-dire non la somme des volontés particulières, mais une perspective rationnelle unifiante. C’est là une belle idée, mais abstraite et difficile à incarner dans des institutions.