Portrait
Ailton Krenak : un défenseur des peuples autochtones du Brésil contre la “machine”
Ailton Krenak. ©Vincent Catala / Agence VU
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Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine « Comment se changer les idées ? », en kiosque le 28 mai 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À l’occasion de la parution en France de ses livres Futur ancestral et Le Réveil des peuples de la Terre, ce défenseur des peuples autochtones du Brésil est venu présenter ses combats qui se jouent sur le terrain comme dans le champ des idées.
Alors que Parisiens et touristes déambulent et se prélassent entre les fontaines du parc des Tuileries par une matinée ensoleillée, Ailton Krenak paraît sceptique. C’est la première fois que le défenseur de la cause des peuples autochtones du Brésil vient à Paris, à l’invitation du Collège de France où il doit donner une conférence. Pour lui, les façades du Louvre et la symétrie forcée de la végétation qui ouvre la perspective jusqu’aux tours métalliques du quartier de La Défense évoquent surtout « la machine de l’Occident », soit « ce mouvement parti d’Europe, et particulièrement d’anciens lieux de pouvoir comme celui où nous nous trouvons, par lequel se sont diffusés certaines idées, certains mythes, certaines manières de raconter le monde ». Empruntée au poète brésilien Carlos Drummond de Andrade, l’image de la machine évoque autant en portugais un dispositif technique qu’une machination, un piège. Pointant la fontaine qui dresse fièrement son jet d’eau de plus de trois mètres devant nous, Ailton Krenak explique : « Parmi ces idées, il y a celle que les choses existent par elle-même, sans référence à la matérialité de la terre et de ses éléments. Prenez cette fontaine : on peut très facilement oublier que l’eau qui l’alimente est détournée de son usage premier à des fins de pur divertissement, et que ce détournement a peut-être causé des souffrances, voire des morts. »