Entretien

Kyle Whyte : “Il faut s’inspirer des traditions autochtones pour agir en écologie”

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Washington (États-Unis), le 10 mars 2017. Jody Gaskin, de Sault Sainte-Marie (Michigan, États-Unis), manifeste devant la Maison-Blanche pour protester contre la construction des oléoducs Dakota Access Pipeline et Keystone XL, actuellement en cours

Washington (États-Unis), le 10 mars 2017. Jody Gaskin, de Sault Sainte-Marie (Michigan, États-Unis), manifeste devant la Maison-Blanche pour protester contre la construction des oléoducs Dakota Access Pipeline et Keystone XL, actuellement en cours. © Kevin Lamarque/Reuters

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Pour le professeur d’université américain Kyle P. Whyte, issu de la nation Potawatomi et membre du tout nouveau Conseil consultatif sur la justice environnementale auprès de la Maison-Blanche créé par Joe Biden, une chose est claire : le capitalisme occidental est – au moins largement – responsable du dérèglement climatique. Mais aussi, les solutions portées par la doxa écologiste en vigueur (qui propose “toujours dans l’urgence” de changer de technologie, au lieu de changer de modèle) ne feraient qu’entretenir le problème. Et notamment celui de l’exploitation systématique par les grandes entreprises, aux États-Unis en particulier, des autochtones et de leurs terres. Sans que ceux-ci ne soient jamais consultés. Entretien.

 

Quel rôle jouera le Conseil consultatif sur la justice environnementale auprès de la Maison-Blanche ?

Kyle Whyte : Il jouera un rôle consultatif auprès du pouvoir fédéral. C’est la première fois que la communauté des chercheurs en justice climatique peut faire entendre sa voix dans un organe officiel. Le Conseil va élaborer des recommandations afin d’améliorer les efforts du gouvernement fédéral pour pallier les injustices climatiques, actuelles et historiques. Les réunions du Conseil seront ouvertes au public, qui pourra partager ses commentaires, poser des questions et proposer des suggestions. 

 

La pensée écologique est traversée par de nombreux courants. Quelle est l’approche dominante au sein du Conseil ?

En ce qui concerne les membres que je connais, ce sont tous des individus incarnant un vrai leadership dans la lutte contre les inégalités environnementales qui nuisent et ont nui à la santé, au bien-être, à la vitalité économique et à l’intégrité culturelle des personnes de couleur et des peuples autochtones. Ces injustices environnementales sont anciennes aux États-Unis. Le travail de nombreux membres du comité s’efforce de raviver les traditions de pensée écologique, souvent vieilles de plusieurs siècles, qui nous viennent des peuples autochtones, latins, noirs ou autres. Les peuples autochtones, en particulier, ont développé sur des générations un corpus de connaissances sur la vie dans son milieu naturel. Ces différents systèmes de pensée sont souvent basés sur l’idée que les humains ne sont pas séparés de la nature, que les non-humains ont beaucoup à enseigner aux humains, et que les sociétés humaines devraient être organisées pour refléter la dynamique des écosystèmes, au lieu d’imposer des structures sociales arbitraires à leur environnement. Pourtant, aux États-Unis, les Blancs, en particulier les hommes blancs, ont largement dominé les discussions sur l’environnementalisme, sur la conservation ou encore sur l’agriculture. Ces traditions héritées des colons sont pourtant particulièrement récentes.

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