Société
Peut-on encore être dans ses pensées ?
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Rivés à nos écrans, nous sommes en permanence assaillis d’informations. Comment, dans un tel contexte, retrouver la capacité à dialoguer avec soi ? Quelques pistes pour comprendre les menaces qui pèsent sur notre intériorité, et nous réapproprier un espace mental essentiel.
Le flux perpétuel d’informations dans lequel nous sommes plongés a engendré les concepts d’infobésité ou de fatigue informationnelle. À cela s’ajoutent un scrolling envahissant, une place prépondérante des réseaux sociaux qui captent notre attention, souvent malgré nous, et qu’on tient pour responsables d’une anxiété croissante chez les jeunes comme d’une détérioration de la concentration à tous les niveaux. Ces mutations récentes interrogent : peut-on encore « être dans ses pensées » aujourd’hui ? S’agit-il d’un luxe que la plupart d’entre nous a irrémédiablement perdu ?
Du contenu comme remplissage
Tout commence par une expérience à la portée de chacun. À l’attente d’un bus, d’un métro ou d’un tramway, ne pas dégainer son téléphone : résister à l’appel des notifications et de leur dopamine sécrétée, et observer autour de soi. Il y a fort à parier que toutes les personnes présentes auront cette étrange posture, nuque cassée, front baissé, absorbées par l’écran que leur pouce fait défiler. Une fois à l’intérieur du bus ou du wagon, même constat : des individus qui semblent hypnotisés par leur téléphone, qui ne vous voient pas monter, qui ne regardent ni leur environnement ni leur voisin. On a beau le savoir, lorsque l’on renonce à prendre en main son téléphone un moment, il y a de quoi être décontenancé : dans quelle dystopie vivons-nous ?
“On a beau savoir que tout le monde est sur son téléphone, partout, tout le temps, lorsqu’on renonce à le prendre en main un moment, il y a de quoi être décontenancé : dans quelle dystopie vivons-nous ?”
Arrêts de bus, files d’attente d’un magasin, d’un bureau de poste, quais de gare ou de métro, passages piétons : ces situations où nous sommes contraints de patienter sont désormais remplies de manière uniforme par du temps d’écran, de podcasts, de vidéos et tout un tas de contenus. Il en va de même dans les lieux de sociabilité ou d’intimité : restaurants, parcs, terrasses, salon ou chambre à coucher, là où nous pouvions errer mentalement, n’ayant rien à faire sinon réfléchir, engager la conversation ou lire un livre, nous sommes désormais habitués à être captés passivement.