Dossier / “Où commence la tyrannie ?”

Pierre Pontier : “Ce que cherche à faire Xénophon, c’est réformer, orienter, voire changer le tyran en roi idéal”

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Pierre Pontier : “Ce que cherche à faire Xénophon, c’est réformer, orienter, voire changer le tyran en roi idéal”

© William L. pour PM

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Cet article est issu du numéro 188 de Philosophie magazine « Où commence la tyrannie ? », en kiosque le 27 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans sa préface aux extraits du Hiéron, Pierre Pontier, spécialiste de Xénophon, explique pourquoi le penseur grec antique contemporain de Platon s’intéresse aux figures charismatiques du pouvoir.

 

« Xénophon, qui est un auteur de la même génération que Platon et Isocrate, écrit le Hiéron dans la première moitié du IVe siècle avant J.-C., peut-être à la fin de sa vie. Il vit alors probablement à Athènes après avoir passé plusieurs années d’exil à Sparte. Le contexte politique est relativement troublé : aucune cité ne peut prétendre à une posture réellement dominante, les guerres sont donc fréquentes, entre cités mais aussi civiles. C’est dans ce cadre-là que Xénophon interroge la figure du tyran et du despote, en même temps que Platon le fait dans la République.

Xénophon s’inscrit dans une logique négative de la peinture du tyran, conformément à une tradition de rejet sur laquelle s’est fondée la démocratie athénienne et qui s’est renforcée au moment de la guerre du Péloponnèse, à la fin du Ve siècle. Les révolutions oligarchiques qui ont eu lieu à Athènes cristallisent une image noire de cette figure politique, et Xénophon reprend bon nombre de lieux communs qui en découlent : l’isolement et la solitude liées à la charge du pouvoir, la crainte de se voir sans cesse renversé, l’impossibilité d’accorder sa confiance et de considérer les autres comme des amis désintéressés… Mais le philosophe s’intéresse également aux figures charismatiques détentrices du pouvoir. Le personnage du tyran l’intéresse donc comme détenteur d’une forme de pouvoir absolu qui n’est pas nécessairement encadré ou limité par des lois – ce qui correspond à la définition qu’on peut donner de la tyrannie telle que les Grecs la conçoivent. C’est pourquoi il met en scène l’un d’entre eux, historiquement situé, Hiéron de Syracuse, pour ensuite proposer des moyens de réformer son comportement afin d’en faire quelqu’un de plus fréquentable ou du moins de plus heureux dans sa propre existence. En faisant le portrait de ce tyran sicilien, Xénophon a pu aussi songer au tyran Denys de Syracuse, dont il était contemporain et que Platon avait tenté de conseiller sans succès. 

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