Politiquement incorrect - Un mal pour un bien ?

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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Jeter un pavé dans la mare pour dénoncer les dérives de la bien-pensance, cela peut s’avérer salutaire. Mais l’iconoclasme a tôt fait de dégénérer en alibi du pire. N’est pas Nietzsche ou Cioran qui veut.

Le politiquement incorrect (PI) part d’une bonne intention. Comment ne pas saluer l’iconoclasme qui repère l’intolérance sous l’antiracisme, le ressentiment sous la transparence, l’intérêt sous la compassion et la barbarie sous le bonheur qu’on voudrait imposer aux autres ? Parce que le politiquement incorrect se refuse à tenir l’impuissance pour une bonté, la pauvreté pour une vertu, la jeunesse pour une valeur, la lâcheté pour une patience, la faiblesse pour de l’humilité (et l’humilité pour une faiblesse), le pavé qu’il jette dans la mare est souvent un morceau de chlore.

Il se distingue, en cela, de la critique de la pensée unique : l’un et l’autre s’en prennent au terrorisme intellectuel de leur temps, mais alors que le politiquement incorrect refuse, seul contre tous, de blanchir la fausse monnaie des bons sentiments, la critique de la pensée unique se contente, à l’unisson de la majorité, de voir sous les contraintes du marché une ruse de la raison bourgeoise pour déguiser sa domination en nécessité. Il arrive même que, quand la critique de la pensée unique devient le cri de ralliement des foules en mal de sens, le politiquement incorrect préfère, à l’inverse, l’injustice au désordre et culmine dans la défense des institutions, de l’ordre en place, voire, vade retro, de l’Église. En démocratie, mieux vaut un conservatisme marginal qu’une indignation majoritaire (et in fine conservatrice).

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