La petite question

Pourquoi le “Boléro” de Ravel fascine-t-il le monde entier ?

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Pourquoi le “Boléro” de Ravel fascine-t-il le monde entier ?

L’actrice Jeanne Balibar dans “Bolero” (2024), d’Anne Fontaine. © Pascal Chantier

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Bolero, biopic réalisé par Anne Fontaine en salles depuis le 6 mars, retrace la création du morceau phare du compositeur français Maurice Ravel. Des philosophes comme Vladimir Jankélévitch ont eux aussi tenté de percer les secrets de cette « musique envoûtée » qui a « le diable au corps ». Découvrez ce qu’ils en ont pensé. 


 

Envoûtant, volcanique, lancinant. Les adjectifs ne manquent pas pour décrire cette litanie aux accents arabo-espagnols qu’est le Boléro de Maurice Ravel (1875-1937). L’air de près de seize minutes, fondé sur la répétition et la reprise crescendo, en continu, d’un rythme ternaire martelé par la caisse claire, a séduit le monde entier. « Une exécution du Boléro commence toutes les dix minutes dans le monde. Puisque l’œuvre dure dix-sept minutes, elle est donc jouée à tout moment quelque part », nous informe Laurent Petitgirard, compositeur, qui a dirigé le Boléro comme chef d’orchestre. Depuis sa création en 1928, le morceau a été repris par des artistes aussi variés que Frank Zappa, les Rolling Stones (Paint it, Black), ou encore Gilbert Bécaud (Et maintenant)…

Apprécié entre autres pour sa sensualité et son érotisme, le Boléro est l’un des airs sur lequel on fait le plus l’amour (sur le podium en troisième position après Sexual Healing de Marvin Gaye et la bande originale du film Dirty Dancing), selon une étude menée en 2013 par le psychologue spécialisé dans la musique Daniel Müllensiefen. « Il a la structure parfaite – il dure 17 minutes, la bonne durée pour un épisode de sexe, et il construit constamment une dynamique jusqu’à un énorme crescendo. Rythmiquement, il est répétitif et comporte deux mélodies qui tournent en spirale encore et encore », détaille le chercheur. 

Un succès populaire

Le morceau, commandé par la danseuse Ida Rubinstein à Maurice Ravel en 1928, a immédiatement conquis – presque choqué – les esprits. Dans un essai intitulé « Le Boléro : souvenirs de sa première exécution », le musicologue Henri de Curzon (1861-1942) décrit le décor où s’est joué le Boléro pour la toute première fois. Nous sommes alors en 1928. Afin de préparer la grande première, Rubinstein organise des « séances de ballet » dans un lieu pour le moins original : « Une posada [une taverne] à peine éclairée. »

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