Exposition
“Présences arabes” au musée d’Art moderne de Paris : comment l’art arabe raconte et pense l’histoire de la modernité
Baya (1931-1008), “Femme en robe orange et cheval bleu” (détail), vers 1947. Gouache, crayon graphite et encre sur papier marouflé sur carton
74,7 x 91,6 cm. LaM – Lille Métropole musée d’Art moderne, d’Art contemporain et d’Art brut, Villeneuve d’Ascq. Donation de L'Aracine en 1999. © Othmane Mahieddine
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À travers un vaste corpus de plus d’une centaine d’artistes et 200 œuvres, l’exposition du musée d’Art moderne de Paris propose un parcours de l’histoire de l’art moderne arabe sur le fond d’un siècle d’histoire politique. Nous l’avons visitée pour vous.
La “Nahda”, un nationalisme éclairé ?
L’exposition s’ouvre avec le moment historique de la Nahda (النهضة). C’est la volonté d’une renaissance civilisationnelle, intellectuelle et politique du monde arabe. L’Égypte l’entame dès le XIXe siècle pour s’étendre au monde arabe par la suite. Dans ce pays, après l’indépendance politique (1922), les artistes vont chercher à constituer une identité nationale émancipée culturellement par un art « national-universel », suivant l’expression du critique et universitaire Taha Hussein. Plusieurs d’entre eux se forment aux techniques académiques et modernes en France dès les années 1910 ; à travers ce contact avec l’Occident, ils prennent conscience de leur singularité culturelle. Les artistes tiennent pour fierté le passé pharaonique de l’Égypte et y enracinent nombre de leurs références iconographiques, du Sphinx à la déesse Isis en passant par les hiéroglyphes. Pour autant, leur art se veut universel dans la mesure où l’Égypte est l’espace par excellence des échanges culturels : l’Antiquité pharaonique côtoie l’héritage islamique, tout en profitant des échanges transméditerranéens.
Ce qui illustre le mieux cette tendance, ce sont sans doute les sculptures de Mahmoud Mokhtar (1891-1934). Sa réalisation monumentale Nahdat Misr (Le Réveil de l’Égypte), installée en plein centre du Caire, représente un sphinx et une fellaha (paysanne). Le Sphinx a les griffes ancrées dans le sol, expression d’enracinement ; à sa gauche, la fellaha se tient debout, fixant le même horizon, elle se dévoile avec le geste mythologique d’Isis se découvrant, symbolisant tout autant un acte d’ouverture à la modernité qu’une renaissance populaire. Cette idée du national-universel s’exprime aussi esthétiquement : une des plus belles œuvres de l’exposition, Arous el-Nil (La Fiancée du Nil) (1930), représente une femme nue en ronde-bosse parée uniquement de bijoux avec, sculptées sur la stèle qui la porte, des figures hiéroglyphiques. On y observe toute une récupération de l’iconographie antique égyptienne – notamment à travers un diadème ailé descendant jusqu’à la nuque, ainsi que par l’inscription de hiéroglyphes immédiatement identifiables par leur raideur géométrique. Pour autant, on constate également une réelle volonté de simplification de la forme sculpturale que Mokhtar tire de ses échanges avec le milieu parisien. Ici, modernité et nationalisme vont de pair : le dépouillement des formes contraste avec les parures et accentue leur présence, afin d’affirmer l’identité égyptienne.