Édito
Quand ignorance rime avec innocence
© Berberian pour PM
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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À quand remonte ce souvenir ? Je devais avoir 4 ou 5 ans. C’était un dimanche matin, et je me souviens que je m’étais réveillé plus tôt que mes parents. J’avais pour consigne de ne pas les déranger, de les laisser faire la grasse matinée. J’ai donc traîné un peu dans ma chambre, puis dans le salon. Là, le canapé a attiré mon attention : les coussins étaient couverts d’un velours brodé, jaune et bleu, avec un arrière-plan plus lisse et des motifs en relief, dont la texture me fascinait. Seulement voilà, l’esthétique générale me semblait loupée. Ce jaune moutarde avait quelque chose de pas franc, ces motifs ressemblaient à des fleurs mais n’étaient pas vraiment figuratifs. Je suis donc allé chercher ma boîte de feutres dans ma chambre et j’ai entrepris de corriger le canapé, d’améliorer son ornementation, en ajoutant d’autres couleurs plus vives – de l’orange, du violet, du rouge, du vert – et en complétant les dessins de fleurs à peine esquissés. J’étais certain, tandis que je dessinais sur le tissu, que les parents, au réveil, me féliciteraient pour cette initiative, qu’ils tomberaient d’accord avec moi pour dire que le canapé était beaucoup mieux ainsi.