Biologie
Quand les microbes voyagent dans l’atmosphère
Bacilles de Yersinia pestis au microscope électronique à balayage - © Institut Pasteur
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On vient de découvrir que des microbes parcourent parfois des milliers de kilomètres dans l’atmosphère, en s’adossant à des courants aériens. De quoi compléter l’hypothèse de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, qui avait fait de la circulation des microbes le ferment de la mondialisation.
Nichés dans des poussières, certains microbes parcourent de longues distances, portés par les vents. Le phénomène est connu, mais on n’imaginait pas son amplitude. Une étude récemment publiée révèle la présence de plusieurs centaines de micro-organismes (champignons, bactéries, etc.) jusqu’à 3 000 mètres d’altitude. Empruntant ces couloirs aériens, certains seraient capables de parcourir 2 000 kilomètres, et peut-être même plus !
Des grandes pestes au Covid-19
Cette étude enrichit d’une nouvelle perspective la théorie de l’« unification microbienne du monde » développée par l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie (1929-2023) dans le sillage de son collègue américain Woodrow Borah (1912-1999). À travers son œuvre, Borah s’est efforcé de montrer que la mondialisation des hommes – soit la connexion de plus en plus étroite des différentes sociétés – s’est accompagnée d’une mondialisation de l’aire de répartition de microbes. Emboîtant le pas des pérégrinations humaines, virus et bactéries se sont propagés bien au-delà de leurs foyers locaux d’apparition, jusqu’à provoquer parfois des pandémies (peste, variole, etc.).
Pour Le Roy Ladurie, ce processus atteint son paroxysme entre le XIVe et le XVIe siècle. Il précise immédiatement : « Je ne prétends pas que le processus a commencé le 1er janvier 1300, à zéro heure ! En fait, les grandes épidémies voltigeaient ou voyageaient déjà, bien avant cette date, même si leur rayon d’action était généralement moins étendu qu’il ne le sera dans la suite des temps : sans remonter jusqu’à la peste d’Athènes, il suffirait de rappeler, en deux mots, la pandémie [de peste] du VIe siècle […]. II n’est pas question non plus d’affirmer que le processus “d’unification” se termine vers 1600, ou même 1700 : la diffusion du choléra, au XIXe siècle, suffirait à réfuter cette absurdité. » On pourrait également évoquer la pandémie de Covid-19 qui, surgie en Chine, a mis le monde à l’arrêt pendant plusieurs mois en un temps record.