France / Politique

Quand les riches menacent de faire sécession

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Christopher-Lasch

(cc) Wikimedia Commons

Le conflit entre ceux qui ne possèdent rien, en faveur du changement, et les nantis, plus conservateurs, a toujours structuré le conflit politique. Mais avec l’émergence d’une élite mondialisée, la révolte a changé de camp. L’explication avec Christopher Lasch.

En voulant supprimer l’impôt sur la fortune (ISF), le gouvernement d’Édouard Philippe s’apprête-t-il à faire un « cadeau fiscal » aux plus riches ? Au Parlement, la fronde gronde. Le projet de loi de finances qui doit être présenté en 2018 prévoit de mettre en place un impôt sur la fortune immobilière (IFI) ainsi qu’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur le capital, en lieu et place de l’ISF. Or selon les calculs de certains élus, dont le socialiste Vincent Eblé, président de la commission des finances au Sénat, les cent premiers contribuables de l’ISF seront enrichis par cette mesure.

Interrogé dans le journal du soir de France 3, Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie magazine, rappelle que la richesse est « le nœud autour duquel se noue la politique. Depuis Aristote jusqu'à Marx en passant par Machiavel, tous les philosophes ont toujours pensé que le conflit entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas est le nœud de la politique ».

Dans la rubrique « Réflexion faite » du Grand Soir 3, il note cependant une reconfiguration contemporaine de ce conflit. Autrefois, c’était le peuple, la masse qui menaçait de se révolter. Or « dans les politiques économiques aujourd'hui, on vit sous la menace du départ des détenteurs de capitaux », d’une élite mondialisée qui ne se sent plus tenue par aucune allégeance et qui menace de faire sécession, de s’exiler.

L’un des premiers à identifier ce reversement est l’intellectuel américain Christopher Lasch. Dans un livre qui a fait date, La Révolte des élites (paru en 1995 et traduit en français en 1996 aux éditions Climats), il souligne ainsi combien « naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses ».